de l'intérieur d'une communauté

Quels que soient les groupes sociaux, on ne voit souvent d'eux que la partie « marketing ». Celle qui est bien présentable et que l'on souhaite mettre en évidence, au mépris souvent de la réalité. Ce blog, qui se revendique comme un blog d'information, va tenter de présenter la vie de la communauté hellénique de Lyon par ceux qui la vivent de l'intérieur.
J'ai connu deux hommes qui ont dignement représenté la communauté hellénique : monseigneur Vlassios et le père Athanase Iskos. Ils n'ont jamais eu à rougir de ce qu'ils ont fait ou dit et ont laissé une communauté respectée et respectable. Le contraste pourra paraître saisissant entre les 50 ans qui viennent de s'écouler et ce qui se passe depuis plus de six ans, mais si l'on veut rester fier de ce que l'on est, il ne faut pas hésiter à prendre ses distances lorsque ce que l'on voit s'éloigne de nos idéaux.
Dans un premier temps, je vais raconter une histoire au travers de courriers échangés et de documents, qui seront tous reproduits. Dans un second temps, je débattrai autour des questions qui seront posées à mon adresse mail : jeanmichel.dhimoila@gmail.com .
La communauté hellénique de Lyon étant une association cultuelle, loi 1905, les références au culte seront nombreuses et indispensables pour comprendre le sens de ce qui est recherché, et malheureusement parfois ses dérives.

Bonne
lecture à tous
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samedi 31 mai 2014

116- Terrorisme et résistance

Maintenant, [Israël] organise, sur les territoires qu'il a pris, l'occupation, qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion. Et il s'y manifeste contre lui la résistance, qu'à son tour il qualifie de terrorisme. (Général de Gaulle, conférence de presse, 27 novembre 1967)



La résistance est toujours allée de pair avec le terrorisme. Les deux mots désignant souvent la même réalité, mais étant employés différemment suivant le camp dans lequel nous nous trouvons. Je ne vais pas faire ici la liste de tous les conflits actuels ou passés qui pourraient servir d'exemple à cette affirmation : pas un conflit n'échappe à cette règle.

Ce discours du Général est, à ma connaissance, la conférence de presse la plus claire, objective et circonstanciée qui ait été donnée. Sans notes, de Gaulle se livre à un cours magistral sur la situation au Proche-Orient, avec une sincérité que nos hommes politiques seraient bien inspirés de chercher à reproduire. Depuis près de cinquante ans, son discours n'a pas pris une ride et exprime parfaitement ce qui se passe encore aujourd'hui dans ce pays. En voici le texte, retranscrit de la vidéo ci-dessus :

L’établissement, entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine et puis, après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un État d’Israël, soulevaient, à l’époque, un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois qu’ils seraient rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles : « L’an prochain à Jérusalem ! ».

Cependant, en dépit du flot tantôt montant tantôt descendant des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays et à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était accumulé en leur faveur, surtout, il faut bien le dire, dans la Chrétienté ; un capital qui était issu de l’immense souvenir du Testament, nourri par toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique malheur et que poétisait chez nous la légende du Juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subies pendant la deuxième guerre mondiale, et grossi depuis qu’ils avaient retrouvé une patrie, par leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi, indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande, que les Israéliens recevaient des milieux juifs d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur État sur le territoire que leur avaient reconnu les Puissances, tout en désirant qu’ils parviennent, en usant d’un peu de modestie, à trouver avec leurs voisins un modus vivendi pacifique.

Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956 : à la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez on avait vu apparaître, en effet, un État d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir. Ensuite, l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments, donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté, pour l’agrandir, à saisir toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi, d’ailleurs, la Vème République s’était dégagée vis-à-vis d’Israël des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noués avec cet État, et s’était appliquée au contraire à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et, même, nous lui fournissions pour sa défense éventuelle, les armements qu’il demandait d’acheter. Mais, en même temps, nous lui prodiguions des avis de modération, notamment à propos des litiges qui concernaient les eaux du Jourdain ou bien des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux camps. Enfin, nous nous refusions à donner officiellement notre aval à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv.

Une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié, de coopération qui avaient été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre politique extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux Arabes que, pour nous, l’État d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fût détruit. De sorte qu’on pouvait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement à ce qu’une paix fût conclue et garantie en Orient, pourvu qu’aucun drame nouveau ne vînt la déchirer.

Hélas ! Le drame est venu. Il avait été préparé par une tension très grande et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Égypte, allait offrir un prétexte à ceux qui rêvaient d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait, dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances d’interdire, conjointement avec elle, à chacune des deux parties d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement, il donnerait tort à quiconque entamerait le premier l’action des armes, et c’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai dernier, déclaré à Monsieur Eban, ministre des affaires étrangères d’Israël, que je voyais à Paris. “Si Israël est attaqué”, lui dis-je alors en substance, “nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les Arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires, mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain et au point de vue international, dans des difficultés grandissantes, d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays, si bien que ce serait à vous, devenus des conquérants, qu’on en imputerait peu à peu les inconvénients.” 

On sait que la voix de la France n’a pas été entendue. Israël, ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant, il organise sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme. Il est vrai que les deux belligérants observent, pour le moment, d’une manière plus ou moins précaire et irrégulière, le cessez-le-feu prescrit par les Nations Unies, mais il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut y avoir de solution sauf par la voie internationale.

Un règlement dans cette voie, à moins que les Nations Unies ne déchirent elles-mêmes leur propre charte, doit avoir pour base l’évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance et la reconnaissance réciproque de chacun des États en cause par tous les autres. Après quoi, par des décisions des Nations Unies, en présence et sous la garantie de leurs forces, il serait probablement possible d’arrêter le tracé précis des frontières, les conditions de la vie et de la sécurité des deux côtés, le sort des réfugiés et des minorités et les modalités de la libre navigation pour tous, notamment dans le golfe d’Aqaba et dans le canal de Suez. Suivant la France, dans cette hypothèse, Jérusalem devrait recevoir un statut international. 

Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faudrait qu’il y eût l’accord des grandes Puissances (qui entraînerait ipso facto celui des Nations Unies) et, si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter sur place son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître non point fictivement sur quelque formule creuse, mais effectivement pour une action commune, tant que l’une des plus grandes des quatre ne se sera pas dégagée de la guerre odieuse qu’elle mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les Arabes ne serait pas devenu ce qu’il est et si, demain, l’Asie du Sud-Est voyait renaître la paix, le Moyen-Orient l’aurait bientôt recouvrée à la faveur de la détente générale qui suivrait un pareil événement…


Général de Gaulle, le 27/11/67 (Paris).


Manuel Valls aurait sans doute poursuivi le Général de Gaulle, en l'accusant d'antisémitisme, pour le discours qu'il prononça, s'il avait vécu à son époque. A supposer qu'à son époque quelqu'un du niveau de Valls ait pu accéder au moindre poste à responsabilité, vu son inconsistance et sa versatilité.

Quoi qu'il en soit, il ressort que la position de la France, tout comme la position de l'ONU, est que les frontières d'Israël ne peuvent se concevoir en dehors des frontières de 1967. C'est-à-dire que tous les territoires occupés depuis le sont illégalement. Et la lutte des Palestiniens pour récupérer leur pays dans son intégralité est légitime.

Par extension, la lutte du Hezbollah, au Liban, est tout aussi légitime. C'est grâce à son action qu'il a réussi à chasser Israël du Sud du Liban, entre le 23 et le 24 mai 2000, après 22 ans d'occupation. Et même si Israël continue à violer quotidiennement l'espace aérien libanais et à occuper le plateau du Golan Syrien, il est dans l'ordre des choses que ces situations prennent fin.


Ce discours du Général est loin de la superficialité de François Hollande, qui va honorer la mémoire de de Gaulle en déposant des fleurs devant sa statue, tout en classant dans la catégorie de terroristes ceux que le Général considérait comme des résistants.


Avec le style de l'humoriste provocateur qui lui es propre, Dieudonné, dans son éloge à Nelson Mandela, a montré que ce dernier a prôné la violence comme voie de libération jusque devant l'ONU. Et celui qui fut en son temps accusé de terrorisme, finit pourtant ses jours avec les honneurs des chefs d’États du monde entier.


Hassan Nasrallah, musulman chiite, est pour les Libanais ce que Jean Moulin était aux résistants français. Michel Aoun, candidat chrétien au poste de président du Liban, a exprimé son entière confiance au Hezbollah, dont Nasrallah est le chef. Nasrallah reprend à son compte des paroles du Christ comme justification de ses actions. La vidéo ci-dessous, dont certaines scènes sont déconseillées aux moins de 18 ans, résume les raisons qui légitiment la résistance qu'il a organisée.


Il me semble qu'il convient d'être très prudent avant d'appeler quelqu'un résistant ou terroriste. Pris dans sa réalité brutale, la lutte armée sera toujours très dure à accepter comme solution pour les pacifistes dont je suis. Mais autre est le regard des hommes dans des pays en paix, et autre le regard de ceux qui sont confrontés à l'occupation et aux exactions qui vont avec.

dimanche 25 mai 2014

115- Guerres françaises modernes

Un peu avant les élections présidentielles, lorsque j'avais commencé à évoquer des thèmes politiques sur ce blog, un lecteur m'avait fait remarquer qu'il trouvait que je n'étais pas suffisamment dur contre le Front National. Je me méfie des diabolisations systématiques et ne souhaite pas m'y prêter. Je ne vais pas condamner tous les évêques du simple fait qu'il y a parmi eux des Monseigneur Emmanuel, qui couvrent et cautionnent les dérives de leurs prêtres, ou tous les prêtres à cause d'imposteurs comme le père Nicolas Kakavelakis.
 
Il y a de nombreux positionnements du Front National qui sont très pertinents, soutenus par des bords politiques très divers.

Par exemple, le Front National a condamné le pouvoir d'extrême droite actuellement en place en Ukraine. Il rejoint en ceci Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale grecque, arrivé en tête aux élections municipales grecques, dimanche dernier. En condamnant les mouvements néonazis ukrainiens, à l'origine du coup d’État dans leur pays, Marine le Pen rejette ouvertement le radicalisme dans lequel ses opposants aimeraient la voir enfermée.

A contrario, François Hollande, en faisant l'éloge du gouvernement de Netanyahou, a montré que l'on pouvait très bien avoir des idées de gauche tout en faisant l'apologie de l'extrême droite fasciste. Pourquoi donc devrais-je condamner le Front National, dont les idées sont bien moins extrêmes que celles cautionnées par les socialistes ? Le gouvernement de Netanyahou a tout de même fait stériliser de force toutes les femmes noires juives éthiopiennes qui avaient immigré en Israël. Quand même !


En tant qu'humaniste de gauche, j'ai une certaine aversion pour les conflits armés. C'est pourquoi j'ai soutenu Mitterrand qui ne voulait pas intervenir militairement en Yougoslavie lorsque, en 1994, l'OTAN décida d'entrer en guerre contre ce pays. Mitterrand savait que les Serbes avaient souvent versé leur sang pour la France au fil des siècles, et avaient toujours été nos alliés. Il refusait l'idée de retourner nos armes contre eux. C'est pourquoi il ne participa pas à cette agression de l'OTAN. 

C'est en 1995, dès son entrée en fonction, que Chirac fit intervenir nos troupes pour bombarder ce pays aux côtés des Américains et de l'OTAN. Des haut-gradés français ont d'ailleurs refusé cette trahison et ont collaboré secrètement avec l'état-major serbe

Je recommande à ce propos le très bon livre de Jacques Merlino, Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire. L'auteur, qui était rédacteur en chef adjoint à France 2, fut limogé juste après avoir écrit son livre, et ce livre fut mis au pilon par les autorités françaises. Il n'en reste aujourd'hui que quelques exemplaires en circulation, pour ceux qui l'avaient acheté le premier jour de sa sortie. Le père Placide Deseille en avait un exemplaire. C'est cette copie qui est reproduite ici.

Quelques années plus tard, pour la même raison, j'ai soutenu Chirac, qui refusait d'entrer en guerre contre l'Irak. Il estimait que les démarches de paix n'avaient pas toutes été entreprises, et que les arguments développés par Colin Powel n'étaient pas confirmés par nos sources de renseignements. Dominique de Villepin se fit connaître à ce moment-là par ce discours qu'il prononça à l'ONU qui aboutit au véto de la France. Chirac décidait d'oublier le petit épisode Yougoslave et prenait une position courageuse.

Laurent Fabius, aujourd'hui candidat à l’obtention du prix Nobel de la Guerre, fut de ceux qui appelèrent Chirac à user de notre droit de véto pour empêcher une décision de l'ONU qui aurait légitimé une intervention militaire contre l'Irak.

Ce véto poussa les Américains à agir seuls. Ils utilisèrent pour cela l'OTAN, structure militaire destinée à ce genre d'agressions, dont ils contrôlent la chaîne de commandement. Ils attaquèrent l'Irak en 2003 sous des prétextes fallacieux et firent officiellement 500 000 morts. Bien plus si l'on compte les victimes du chaos qu'ils ont créé dans le pays.


Sarkozy est arrivé et fut vivement critiqué pour son attitude à suivre servilement les Américains dans toutes leurs épopées sanglantes. Comme Chirac le fit pour la Yougoslavie, l'une des premières décisions de Sarkozy fut d'envoyer nos forces en Irak et en Afghanistan.

Il prit l'initiative de la guerre contre la Libye, comme j'ai déjà eu l'occasion de le développer. Il avait même promis au chef libyen qu'il venait de mettre en place, Mustapha Abdeljalil, que viendrait le tour de l'Algérie dans un an, puis l'Iran dans trois. C'était un soulagement de le voir éconduit car cela devenait outrageant de le voir saluer nos soldats morts dans des batailles qui n'étaient pas les nôtres et vers lesquelles il les avait envoyés.


Personne n'avait imaginé que Hollande ferait pire encore. Il a financé des extrémistes musulmans qui ont semé le chaos en Syrie, comme s'en plaint cet archevêque syrien chrétien. Extrémistes qui ont enlevé nos journalistes durant près d'un an, et ne les ont libérés qu'après avoir perçu une rançon. Et, toujours sans mandat de l'ONU, Hollande avait planifié l'attaque de ce pays, comme l'a montré ce très bon article du Monde.

En décidant d'adopter une attitude guerrière contre la Russie dans la crise Ukrainienne, il a encore franchi un cap. Jusqu'à ces derniers mois, tout le monde avait à l'esprit le proverbe africain : Quand des éléphants se battent, c'est toujours l'herbe qui est écrasée. Proverbe qui pourrait très bien s'appliquer aux innombrables conflits de la guerre froide qui ont opposé, au travers de pays tiers, États-Unis et Russie. Mais, par ses menaces contre les Russes, voilà que Hollande croit aujourd'hui que l'herbe peut s'en prendre à l'éléphant, ce qui lui donne des idées velléitaires que même Sarkozy n'aurait pas envisagées.


Je ne sais pas vers quelles folies nos élus nous conduiront encore, mais je constate que le seul parti politique à dire clairement que nous ne devons pas intervenir militairement dans un autre pays sans un mandat clair de l'ONU est le Front National. 

Alors, si je veux défendre mes idées humanistes de gauche, dois-je voter pour l'UMP ou le PS, en sachant qu'ils décideront de nouvelles guerres, qui détruiront des populations avec lesquelles j'aspire à vivre en paix ? Ou bien dois-je considérer avec bienveillance le positionnement du Front National sur ces questions cruciales ?

samedi 17 mai 2014

114- Démocratie VS Populisme

Aux origines grecques de la démocratie, seuls les citoyens libres avaient le droit de choisir leurs représentants. Lorsque, après la révolution française, la République décida d'adopter les fondements de la démocratie, peu après avoir fait exterminer les Chouans et les Vendéens, tout le monde, sauf les femmes, eut le droit de vote. Lacune qui fut comblée en 1944. Il est vrai qu'il est plus facile pour ceux qui aspirent au pouvoir de promouvoir un fonctionnement démocratique lorsqu'il ne reste plus que des votants qui sont d'accord avec leurs idées.

La démocratie, dont Abraham Lincoln disait qu'elle est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, puise donc sa légitimité dans le peuple. Jean-Jacques Rousseau considérait que la démocratie ne pouvait être que directe : La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu'elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté générale ne se représente point (Rousseau, Du contrat social livre III, chapitre 15).

C'est sur ce fondement que fut instauré le suffrage universel destiné à élire tous nos représentants politiques, à l'exception notable des sénateurs.

Le fonctionnement de notre pays est organisé suivant cette vision où chacun a la même place et la même considération. 

Pourtant, lorsque j'ai écrit le message sur les référendums, plusieurs lecteurs m'ont fait remarquer que ceux-ci ne pouvaient être légitimes pour tout. Car les généraliser, comme le font les Suisses, conduit au populisme, qui peut nuire à l'intérêt supérieur d'un pays : il est facile pour une majorité d'écraser une minorité, si cette minorité devient gênante pour telle ou telle raison.

Cet argument ne saurait être recevable en lui-même car, de la même façon, une minorité peut écraser une majorité si elle détient le contrôle de la chaîne de commandement. N'est-ce pas ainsi que les colons d'Afrique du Sud assujettirent la population autochtone et organisèrent l’apartheid ? Il existe bien des niveaux où la minorité tente de maintenir ses privilèges et sa domination sur une majorité.

C'est pour dénoncer cette anomalie que fut créé le mouvement de contestation Occupy Wall Street, aux Etats-Unis.

Le mot populisme est souvent utilisé par la franc-maçonnerie pour revendiquer la domination d'une élite éclairée sur la masse. D'où leur symbole de l’œil dans le sommet d'une pyramide, sommet coupé de sa base et duquel émanent les rayons de la connaissance. Mais il y a là une profonde contradiction, car les francs-maçons, qui revendiquent l'existence d'une classe dominante, sont les mêmes qui sont à l'origine de la devise de la République : Liberté, égalité, fraternité.

De quelle égalité pouvons-nous parler si une élite se réserve le droit d'assurer sa domination ? Ces idées paradoxales développées simultanément par les mêmes personnes conduisent aujourd'hui à opposer populisme et démocratie.

Peut-on considérer que les citoyens ont une légitimité absolue pour élire une personne à un rôle politique, et qu'ils perdent cette légitimité s'ils demandent des comptes à ceux qu'ils élisent ? Leur légitimité ne pourrait-elle ne concerner que des choix de personnes, par définition très restreints, et non plus les décisions prises une fois le mandat accordé ?

C'est ainsi que nos élus taxent de populisme le choix des Suisses qui décident de protéger leurs frontières, ou bien qu'ils rejettent en bloc la demande du Front National de garantir un plus grand accès aux référendums, ou encore qu'ils décident d'adopter la constitution européenne que le peuple a rejetée par référendum.

Opposer ces mots de populisme et démocratie, comme s'ils étaient antagonistes, revient à nier que le choix du peuple est le fondement de notre société démocratique. Cela revient à rejeter les idées de la révolution française, définies par Rousseau que je citais plus haut. Cela masque un coup d’État larvé et permanent, par lequel quelques bénéficiaires retireraient au peuple le choix de son destin.

Il était frappant et inquiétant de voir, le 8 mai dernier, deux minutes avant que François Hollande ne défile, les Champs Élysées complètement vides.

8 mai 2014, Champs Élysées, juste avant le défilé de F. Hollande

Cette photo, diffusée par un journaliste présent sur place, montre l'absence totale de soutien populaire à notre Président. Est-ce cela sa volonté de combattre le populisme ? En être arrivé à se couper de tout et de tous ? Mais peut-il alors affirmer qu'il représente plus que lui-même ?

Pour ma part, je pense que vouloir opposer populisme et démocratie vise essentiellement à faire culpabiliser ceux qui demanderaient que la démocratie ne se réduise pas à un vague concept, mais soit quelque chose de vécu au quotidien.

Outre la notion de culpabilisation, développer l'idée de populisme revient à considérer que le peuple n'a pas la capacité intellectuelle de présider à sa destinée. Les Suisses, souvent accusés de populisme dans leurs votations, montrent pourtant un niveau de raisonnement élevé et une prise de décisions réfléchie. C'est ainsi que, sollicités pour généraliser la cinquième semaine de congés payés, ils ont refusé la proposition en estimant que le système marchait mieux chez eux, où les congés relèvent de la compétence des entreprises, qu'en France où ils sont obligatoires.
 
Considérer que le choix du plus grand nombre n'est pas forcément bon est sans doute fondé, car nul n'est infaillible, pas même un peuple, et quoi que certains revendiquent. Mais, pour autant, mettre en avant que le peuple puisse se tromper ne suffit pas à lui nier sa capacité de choisir le monde qu'il veut construire. Nos élus gardent d'ailleurs, pour eux-mêmes, le droit à l'erreur sans avoir jamais aucun compte à rendre. 

Je suis habituellement plutôt à gauche de l'échiquier politique. Aux dernières présidentielles, par exemple, j'aurais eu beaucoup de plaisir à voir arriver Eva Joly à la tête du Ministère de la Justice, comme Jean-Paul Ier était arrivé à la tête de Vatican. Elle connaissait tous les rouages du système dont elle avait combattu la corruption toute sa vie. Elle n'aurait sans doute pas duré plus longtemps que Jean-Paul Ier, mais elle serait entrée dans l'Histoire. Hollande a sans doute voulu la préserver d'un tel funeste destin en la tenant loin des responsabilités. A moins que ce ne soit ses amis qu'il ait voulu préserver ?

Cette sensibilité personnelle fait que je suis aujourd'hui consterné de constater que seul le Front National porte les valeurs de la démocratie telle que Rousseau la définissait. Il est le seul à demander que le peuple ne choisisse pas seulement ses dirigeants, mais également sa politique, ses orientations stratégiques et ses choix souverains. Alors, est-ce Rousseau qui est d'extrême droite ? Ou bien les socialistes d'aujourd'hui qui ont abandonné les idées de Rousseau ? Ou bien encore l'extrême droite qui serait moins totalitariste dans ses aspirations que l'UMP ou le PS ?

Il ne sera jamais légitime qu'une majorité agisse sans tenir compte des intérêts des minorités, tout comme il ne sera jamais légitime qu'une minorité impose ses choix à tout un peuple. Il y a des abus possibles dans chacun de ces deux modes de fonctionnement et il convient de rester vigilant à leur égard. C'est pourquoi les dirigeants se doivent d'agir avec discernement. Mais, malgré les déviances possibles, les risques d'erreur seront toujours beaucoup plus faibles dans une démocratie participative directe, que si les choix relèvent uniquement de quelques personnes.

Pour ma part, je pense que certaines idées ne doivent pas mourir. Et défendre le respect des choix du peuple fait partie de ces idées.

samedi 10 mai 2014

113- Anarchie

Il y a quelques semaines, j'ai pris un auto-stoppeur. Ce jeune-homme était petit-fils de pasteur. Élevé de façon stricte, dans le respect des règles établies. Pour son grand-père, Dieu est Ordre. L'ordre implique la hiérarchie dont découle l'obéissance par soumission à l'autorité en place, vue comme une émanation de l'autorité divine qui a Pouvoir sur toutes choses.

Le jeune-homme de mon histoire, révolté contre son grand-père et contre l'Autorité, souvent injuste, partiale, abusive, discriminatoire et j'en passe, était devenu anarchiste. Il avait un regard très critique sur ce Dieu autoritariste de son grand-père.

Il m'a regardé avec curiosité lorsque je lui ai dit qu'il était évident que Dieu est anarchiste, et il a voulu en savoir plus.

La vision d'un Dieu autoritaire, voire autoritariste, est largement répandue dans le monde. Elle s'exprime, par exemple, dans Les chariots de feu. A la vingtième minute du film, alors que les étudiants se préparent aux Jeux Olympiques, une scène montre la sortie d'une église et deux personnages ont cette discussion :
   Le royaume de Dieu n'est pas une démocratie ! Le Seigneur ne cherche pas à être réélu. Il n'y a pas de discussion, de délibération, de référendum pour savoir la route à prendre. Il y en a une bonne, une mauvaise. C'est un souverain absolu.
   Un dictateur, vous voulez dire !
   Oui... Mais un dictateur bienveillant et aimant.
   Que faites-vous de la liberté du choix ?
   Mais tu as le choix Sandy ! Personne ne te force à le suivre.

C'est ainsi que la forme de gouvernance présentée comme la plus proche de la pensée divine a été, au cours de l'Histoire, la monarchie. Nous ne comptons plus les rois de l'Ancien Testament, les rois de France, les empereurs d'Orient ou d'Occident ou les tsars qui se sont présentés comme l'émanation de cette autorité divine absolue. Tous ces monarques étaient d'ailleurs dans la continuité des souverains de l’Égypte antique ou des dynasties chinoises, où le chef suprême était l'égal d'un dieu, et ce bien avant la culture judéo-chrétienne.


L'anarchie se définit comme l'absence de toute forme d'autorité. Il ne s'agit pas d'une absence de règles, ou d'une désintégration des normes, qui serait alors une anomie, mais d'une absence d'autorité au sein d'un monde dans lequel chacun ne serait poussé que par sa conscience et sa liberté.

Il serait possible de considérer qu'Adam, au Paradis, vivait dans une forme d'anarchie, puisqu'il y faisait ce qu'il voulait, à condition de ne pas goûter au fruit de la connaissance du bien et du mal. Mais vu qu'il y vivait seul, l'exemple ne serait pas très évocateur. Et lui-même s'étant plaint d'être soumis à la femme (Gn 3, 12), il serait difficile de considérer qu'il n'y avait aucune forme d'autorité dans le Paradis originel.

Plaisanterie mise à part, et pour avoir un exemple plus probant, il faut sauter les siècles jusqu'à l'époque où le peuple d'Israël, conduit par Moïse, traverse le Jourdain pour entrer en terre promise.

Moïse donne alors au peuple la Loi que Dieu grava sur le mont Sinaï. Ces préceptes divins, plus connus sous le nom de Dix commandements, sont complétés par des lois plus élaborées décrites dans le Pentateuque.

Pourtant, malgré les nombreuses lois qu'il laissa à son peuple pour le guider dans la voie de la justice, Moïse ne lui organisa aucune autorité. Seul un juge était chargé de régler les conflits qui pouvaient apparaitre. Mais personne pour commander personne.

Ce n'est que bien plus tard que les Hébreux réclamèrent un chef à Samuel (1Sam. 8), qui était juge à cette époque. Tous les anciens d'Israël s'assemblèrent, et vinrent auprès de Samuel à Rama. Ils lui dirent : Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces ; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations (Id.).
Samuel pria et Dieu lui dit : Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux (Id.).

Puis vient une longue description de ce que seront les prérogatives du roi qu'ils réclament : autorité, armée et impôts sont les principales plaies associées à cette autorité que Dieu présente comme étant une déviation de sa volonté et du bien qu'il veut pour les hommes.

C'est ainsi que, par la crainte d'avoir des juges corrompus, les juifs choisirent un roi pour les gouverner. Rois qui devinrent très vite encore plus corrompus. La corruption évoquée n'ayant pas disparu avec le changement de régime, il s'avéra donc qu'elle n'était qu'un prétexte pour se défaire des juges. L'histoire des rois et des prophètes raconte par le détail cette évolution qui aboutit à trois déportations au fil des siècles.

C'est d'ailleurs pour cela que les juifs orthodoxes ne considèrent pas qu'ils doivent exister au sein d'un État constitué car, depuis l'époque de Samuel, l'autorité des rois qui s'impose à leur peuple est perçue comme un rejet de l'autorité divine qui guide chacun dans son cœur et sa conscience. Passer des juges aux rois revenait à passer d'un statut d'obéissance libre à la Loi, écrite pour le bien des hommes, à un statut d'obéissance par soumission à une autorité constituée, que cette autorité soit juste ou injuste.

C'est pour la même raison que les juifs orthodoxes d'aujourd'hui sont les premiers à rejeter le sionisme et leur existence au sein de l’État d'Israël qui ne serait qu'à eux.

Juifs orthodoxes mettant le feu au drapeau d'Israël, Anvers, Belgique
 
La vision de l'autorité professée et illustrée par le Christ est très proche de celle des prophètes de l'Ancien Testament.

C'est ainsi que le Christ dit à Pilate : Je suis roi (Jn 18, 37). Et encore : Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres (Jn 13, 14). Ou bien : Vous n'êtes plus mes serviteurs, mais mes amis (Jn 15, 15). Ou encore : Les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous, mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert (Lc 22, 25-26).

Cette vision, où le Pouvoir n'a d'autre finalité que d'être au service de ses égaux dans l'abnégation, et ne peut exister en tant qu'emprise autoritaire qui serait exercée sur les autres, est le fondement de tous les textes chrétiens évoquant le fonctionnement de la Jérusalem céleste.

Saint Paul la décrit comme un monde où Dieu est tout en tous (Col. 3, 11). Les Évangiles définissant Dieu comme un amour absolu qui donne sa vie pour ceux qu'il aime (Jn 15, 13).

Nous sommes ici très loin de la vision véhiculée par certains évêques ou certains dirigeants qui comptent asseoir leur autorité sur une population soumise et obéissante. Ce qui contribue à pervertir le message de l’Évangile par ceux-là mêmes qui sont censés le rendre vivant.


Pourtant, même si vivre sans être soumis à aucune forme d'autorité autre que sa propre conscience est une idée plaisante et profondément biblique, il faut deux choses pour que l'Anarchie fonctionne :
- une conscience claire du bien ;
- une volonté de tous de mettre en application cette conscience.

En Grèce, les anarchistes reprennent de la vigueur depuis le début de la crise économique. Ils se font régulièrement remarquer par des attentats ou des actions d'éclat. Si bien que nous voyons dans ce mouvement la dégénérescence d'une belle idéologie. Car l'anarchie ne peut fonctionner à l'échelle d'une société que par l'amour dont chacun serait rempli et qu'il voudrait voir rejaillir sur son entourage et dans ses actions.

Sans amour, l'anarchie n'est plus que la manifestation du chaos qui se traduit par la destruction et la souffrance. Ce qui en fait un modèle social totalement utopiste dans le monde qui nous entoure.

Mais le chaos, dont le mot anarchie est devenu synonyme, est-il forcément évité par une société basée sur l'ordre ? Sarkozy, qui n'était pas vraiment un anarchiste, a été l'instrument du chaos en Lybie lorsqu'il a fait détruire ce pays par nos forces armées, afin d'éliminer Kadhafi devenu dangereux pour lui. Je ne dis pas ici que Kadhafi est aussi saint que Jean-Paul II. Quoique ?... Mais je dis que nous avons détourné une résolution de l'ONU qui nous demandait de protéger les populations civiles par une zone de protection aérienne. Nous avons utilisé cette résolution comme prétexte d'intervention et sommes allés bombarder toutes les infrastructures du pays et sa population que nous étions censés protéger. Ce qui a conduit ce pays à être aujourd'hui exsangue économiquement et en situation de guerre civile.


Il y a malheureusement beaucoup trop d'exemples du chaos généré par les différents pouvoirs au fil des siècles. Chaos qui sont alors le fruit de la volonté d'asseoir encore davantage une autorité dominatrice. Si bien que l'OTAN, l'UMP, ou de nombreux autres sigles, sont aujourd'hui synonymes de chaos, tout autant que l'Anarchie.

Il convient donc de rester prudents sur les idéologies qui nous sont présentées, et de rester concentrés sur le seul véritable enjeu : quelles normes acceptons-nous de suivre, et sommes-nous prêts à rejeter ce qui vient s'opposer à notre conscience ?

samedi 19 avril 2014

111- Défense des ressortissants russes

La question des doubles standards est souvent évoquée lorsque des pays souhaitent s'arroger les mêmes droits que les Américains. Vladimir Poutine a évoqué ce problème récurent de la politique internationale dans son discours devant les deux chambres du Parlement, au Kremlin, lorsqu'il a décidé de valider le référendum de Crimée et d'accepter sa demande de rattachement à la Russie.

Dans ce discours solennel, Vladimir Poutine relève plusieurs points de droit international. D'abord la convention de l'ONU qui fixe le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il cite ensuite la décision de la Cour Internationale de Justice des Nations Unies, qui a validé la déclaration d'indépendance du Kosovo. Elle a fait le commentaire suivant dans sa décision du 22 juillet 2010 : « Aucune interdiction générale ne peut être déduite de la pratique du Conseil de sécurité en ce qui concerne les déclarations d’indépendance ». Et encore : « Le droit international général ne contient aucune interdiction contre les déclarations d’indépendance. » Cette déclaration d'indépendance s'est d'ailleurs faite sans qu'il y ait eu de référendum et alors que la constitution Serbe empêchait une telle sécession. Il rappelait également que l'exposé écrit des États Unis d'Amérique du 17 avril 2009, dans le cadre des audiences sur le Kosovo, citait : « Les déclarations d’indépendance peuvent – et c’est souvent le cas – violer la législation nationale. Toutefois, cela n’en fait pas des violations du droit international. »

En Occident, ses détracteurs continuent à affirmer que le référendum de Crimée n'était pas conforme au droit international, mais aucun ne dit en quoi les arguments avancés par monsieur Poutine seraient erronés.

Car si les Russes ou les Chinois décident d'appliquer les règles de fonctionnement international des Américains et des Européens, alors ils peuvent déclarer des guerres préventives n'importe où dans le monde sous prétexte de la menace pesant sur leurs ressortissants, de lutte contre le terrorisme, ou de soutien à une action humanitaire. Ils peuvent décréter des sanctions financières unilatérales contre un pays qui ne respecteraient pas des règles qu'ils auraient fixées. Ils peuvent bombarder des pays entiers pour punir leurs dirigeants, comme nous l'avons fait en Lybie...

Et effectivement, monsieur Poutine serait fort tenté d'intervenir en Ukraine pour protéger ses ressortissants des menaces que lui font courir les nouvelles autorités. Car si les Occidentaux affirment que le référendum en Crimée n'est pas conforme à la constitution Ukrainienne, le changement de pouvoir consécutif au coup d'état de Maïdan n'est pas davantage conforme à cette même constitution, ni même le recours à l'armée contre la population de l'Est.

Quelle légitimité avons-nous à contester les positions russes après l'exemple que nous avons donné un peu partout sur la planète ? Aucune, si ce n'est celle de Jean de la Fontaine : La raison du plus fort est toujours la meilleure. Le problème étant pour nous, actuellement, que les Russes sont ici les plus forts et qu'ils sont dans leur zone d'influence.

Je n'aime pas le concept de zone d'influence que développait Carl Schmitt, car ce principe altère la notion de liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Si les Écossais votaient leur indépendance, lors du référendum du 18 septembre prochain, leur contesterions-nous la possibilité d'user de leur souveraineté pour se rattacher à l'Union Douanière, ou à la Fédération de Russie ? Ce droit que revendique l’Écosse, et tous les peuples de la Terre derrière elle, devrait-il être refusé à la Crimée où à d'autres ? Et si l'Europe refuse à l’Écosse le droit de ne plus dépendre de l'Europe, devrions-nous nous étonner que la Russie ne veuille pas que l'Ukraine adhère à l'Europe ? 

Pour ma part, je considère que les peuples sont souverains. Si les Ukrainiens décidaient de se rattacher à l'Europe, ils devraient pouvoir le faire. Et si les Écossais, ou les Transnistriens, ou les Abkhazes décidaient de se rattacher à la Fédération de Russie, ils devraient également pouvoir le faire.

Comme le disait récemment Henri Kissinger à propos de la politique des Occidentaux en Ukraine, la diabolisation de monsieur Poutine n'est pas de la politique, mais un alibi qui cache leur incompétence. Je ne doute pas que si monsieur Kissinger trouvait intelligente l'idée de Hollande, qui souhaite renforcer les sanctions contre la Russie, il nous en aurait fait part !

Même si nous savons, grâce à madame Ashton, que la nouvelle coalition au pouvoir à Kiev est l'instigatrice de tous les morts de la place Maïdan, ce nouveau pouvoir n'en accuse pas moins monsieur Ianoukovitch d'avoir fait tirer sur les manifestants. Ils ont lancé un mandat d'arrêt international contre lui, estimant que la place de quelqu'un qui ordonne de tirer contre le peuple est en prison.

C'est pourtant ce même pouvoir qui a demandé aux forces spéciales ukrainiennes de donner l'assaut sur les bâtiments administratifs occupés dans l'Est, avec ordre de tirer sur les manifestants. Ces forces ont refusé d'exécuter l'ordre reçu, et l'on a vu la police anti-émeute se ranger du côté des manifestants, que ce soit à Donetsk ou à Lougansk. Si bien qu'il a fallu que Kiev mobilise les factions fascistes de Praviy Sektor pour les envoyer réprimer les protestations.

Les menaces sur la population russe sont donc bien plus réelles que celles sur la population américaine lorsque Powell brandissait ses petites fioles devant l'ONU. Si donc les Américains, sur des déclarations mensongères et fantaisistes, ont pu envahir et détruire l'Irak, les Russes n'auraient-ils pas plus de légitimité à intervenir pour protéger leurs ressortissants en Ukraine ?
 


Finalement, tout cela n'est que beaucoup d'hypocrisie, comme le rappelait monsieur Lavrov. Nous appelons libérateurs les révolutionnaires de Maïdan, et nous appelons terroristes les révolutionnaires de l'Est, alors que les deux procèdent des mêmes comportements et des mêmes motivations.

Au-delà des formulations linguistiques reste donc les accusations d'ingérence étrangère, puisque Washington accuse Moscou de soutenir les insurgés de l'Est. C'était pourtant la conversation de madame Nuland qui établissait que Washington soutenait les insurgés du Maïdan. Les médias se sont même mis à parler d'une visite secrète du directeur de la CIA, John Brennan, à Kiev, deux jours avant que l'armée ne commence son opération dans l'Est. Nous pouvions supposer que cette information était à ranger au compte des rumeurs propres à la désinformation, d'autant que Washington la démentait, jusqu'à ce que Sergueï Lavrov demande officiellement des comptes et que Washington confirme cette visite.

Oleg Tsarev, candidat aux prochaines élections présidentielles d'Ukraine, a même affirmé que tout un étage du bâtiment des services de sécurité de l'Ukraine était mis à disposition des agents de renseignement US.

Contrairement à l'ingérence effective des USA, pour laquelle nous disposons de nombreuses preuves, l'intervention Russe n'est établie par aucun document tangible. Je ne suis pas dupe, et je me doute bien que les Russes ne restent pas à attendre les bras croisés à suivre l'évolution des événements sur CNN. Mais c'est l'ingérence même des Américains qui légitime les actions russes. Ce qui permet à Poutine d'être encore plus populaire auprès de son peuple.

Là où le nouveau pouvoir de Kiev se différencie sans doute le plus des autorités russes reste sur l'usage du nationalisme. Vladimir Poutine utilise le nationalisme comme moyen de cohésion de son pays, alors que Tourtchinov l'utilise comme moyen de division. Car comment considérer autrement la volonté d'un homme qui annonce l'envoie de l'armée pour réprimer sa population, lui qui a usurpé le poste qu'il occupe et le titre qu'il s'arroge ?

Étant à l'origine des troubles de Maïdan


et des répressions de l'Est,


Tourtchinov ne peut donc être vu que comme l'initiateur d'une guerre civile. Car il faut bien parler de guerre civile quand les forces de police se rangent du côté des manifestants, comme une partie de l'armée, et qu'une autre partie de la même armée retourne ses armes contre la population qu'elle est censée défendre.

Le réveil sera dur pour ceux qui savent que la raison du plus fort est toujours la meilleure, mais qui oublient qu'ils ne sont ici que le petit agneau de l'histoire.

samedi 12 avril 2014

110- Scission de l'Ukraine

La question du référendum traitée la semaine dernière nous conduit inévitablement à revenir un peu plus longuement sur la question de la Crimée et de l'Ukraine, puisqu'il faut maintenant en parler comme de deux pays distincts depuis que la Crimée a proclamé son indépendance.

Avant de parler de choses sérieuses, détendons l’atmosphère et regardons ce sketch passé à la télévision allemande. Nous y voyons que la population allemande perçoit la situation en Ukraine de la même manière que monsieur Poutine, très loin de la vision véhiculée par nos journaux. Cela facilitera donc la suite de mon propos, puisque je ne reprendrai pas la version russe des informations, mais pour beaucoup la version allemande telle qu'elle se manifeste.



Dans une situation complexe comme celle de l'Ukraine, il est important, si l'on veut garder un peu de sens critique, de regarder et d'écouter plusieurs points de vues. La version occidentale est très bien reprise par le site suisse Romandie news, qui énonce les dépêches des agences de presse occidentales et américaines. Dépêches qui sont à leur tour reprises telles quelles par tous les journaux, quelle que soit leur ligne éditoriale. C'est cette uniformité des messages rédigés par deux ou trois agences et reprises sans discernement par tous les journaux qui contribue largement à discréditer nos médias.

Heureusement qu'il reste des sites, tels Arrêt sur image, Médiapart ou le Canard enchaîné, pour redonner un peu de sens critique à l'information.

La version russe des événements est accessible très facilement sur La voix de la Russie. Un site que je connaissais peu mais qui s'est avéré être incontournable pour comprendre ce qui s'est passé en Ukraine.

Tout a commencé par ce que les Occidentaux ont défini comme étant une révolution populaire. Le peuple Ukrainien a envahi la place Maïdan pour contester les décisions prises par le président Ianoukovitch de ne pas signer l'accord d'association avec l'Europe. Les Russes se sont tout de suite montrés très méfiants envers les groupes armés et entraînés qui organisaient ces troubles.

Jusque là, n'ayant pas vocation à soutenir de facto les pouvoirs en place, les revendications des Ukrainiens me semblaient légitimes. Ils avaient organisé leurs tentes sur Maïdan comme les Grecs sur la place Syntagma. Les deux étaient voués au même échec faute de moyens, d'armements et d'organisation. Les Russes restaient en dehors de ce conflit pour ne pas compromettre le bon déroulement des Jeux Olympiques.

La diplomatie russe avait beau faire remarquer que Vladimir Poutine n'était jamais allé place Syntagma pour soutenir les Grecs dans leur désir de liberté, cela n'empêchait pas les dirigeants occidentaux et américains d'aller en Ukraine soutenir les révolutionnaires contre le pouvoir de Ianoukovitch. 

Mais voilà qu'une conversation entre la sous-secrétaire d’État des USA pour l'Europe et l'Eurasie, Victoria Nuland, et l'ambassadeur US en Ukraine, est publiée sur Youtube. La première pensée de l'observateur, devant cette révélation, est bien sûr de considérer le clin d’œil de Poutine à Obama à travers ce message subliminal : Vous nous espionnez peut-être avec les programmes de la NSA et de la CIA dévoilés par Snowden, mais l'espionnage fonctionne dans les deux sens. La différence étant que nos programmes sont toujours secrets et efficaces.

Cette conversation, rendue publique, a poussé madame Nuland à devoir s'excuser après avoir essuyé les foudres d'Angela Merkel. La conversation montre comment les Américains sont en train d'organiser la chute de Ianoukovitch et préparent le futur gouvernement, tout en faisant croire que ce sont les manifestants de la place Maïdan qui vont choisir ces futurs dirigeants. Dans la même conversation, Victoria Nuland avouera que les États-Unis ont déjà investi 5 milliards de dollars en Ukraine pour y installer un gouvernement qui leur soit favorable.

Elle y exprimait clairement l'absence de considération des intérêts européens par ces quelques mots : Fuck UE ! Formulation cavalière que l'on pourrait traduire, sous réserve de la fiabilité de mes faibles notions d'anglais, par : Que l'Union Européenne aille se faire enculer !

C'est à partir de la révélation de cette conversation que les Chinois vont parler de la situation en Ukraine comme de l'organisation d'un coup d’État des Américains.

La crédibilité de la version médiatique occidentale prit un sacré coup avec cette révélation. Pas sur TF1, bien sûr, mais sur les chaînes d'informations sérieuses et objectives.

Le nouveau pouvoir, dont la liste avait été préalablement donnée par madame Nuland, fut mis en place de façon provisoire dans l'attente d'élections présidentielles.

Il semble d'usage, au niveau international, qu'un gouvernement provisoire ne puisse prendre aucune décision stratégique engageant un pays qu'il ne représente pas pleinement. Ce fut par exemple le cas en Belgique lors de la crise politique de 2010-2011 où les ministres en place ne pouvaient faire autre chose qu'administrer les affaires courantes.

Pourtant, contrairement à ces usages, le nouveau gouvernement ukrainien prit tout de suite des décisions stratégiques :
- interdiction du russe comme langue officielle et suppression des versions russes des sites internet d’État (un peu comme si les Suisses Allemands annulaient le français dans toute la Suisse) ;
- autorisation du transport des matières nucléaires sur le territoire ;
- signature de l'accord d'association avec l'Union Européenne ;
- négociations avec le FMI sur un prêt incluant en garantie le licenciement de 24000 fonctionnaires et une hausse du gaz de 50 % pour les particuliers ;
- décrêt de mobilisation générale ;
- devant l'échec de cette mobilisation et le peu d'enthousiasme des Ukrainiens à aller combattre les Russes, création d'une garde nationale faite de volontaires engagés ;
...

Le problème principal que les Américains ont sous-estimé lors de la préparation de leur coup d'état, est que la population ne suit pas ce nouveau pouvoir. Personne n'a répondu à l'ordre de mobilisation pour aller rejoindre l'armée, et aucun militaire stationné en Crimée n'a exécuté l'ordre de tirer qu'il avait reçu. Tous ont livré leurs bases sans résistance et ils ont ainsi évité que le sang ne soit versé : le leur en premier.

Le nouveau ministre de l'intérieur, parlant de la mobilisation, annonçait mi-mars que 600 personnes avaient déjà été mobilisées. 600 personnes, ce n'est même pas le nombre de personnes mobilisées pour aller assurer la sécurité d'un match de l'OM ! Un ministre qui annonce ça à l'échelle d'un pays pour préparer une guerre est ridicule.

Pire que ça, sur les 18000 militaires Ukrainiens stationnés en Crimée, seuls 2000 ont décidé de retourner en Ukraine, les autres préférant continuer leur service dans l'armée russe en faisant venir leurs familles en Crimée. C'est-à-dire la plupart des militaires qui servaient en Crimée, d'après le ministre russe de la défense. Donc, dans le temps même où le nouveau pouvoir de Kiev réussissait à mobiliser 600 volontaires, les Russes recrutaient 16000 soldats aguerris au sein de l'armée ukrainienne !

Poutine a été stratégiquement brillant sur cette opération, car il a aussitôt aligné leurs salaires sur les salaires russes. Ce qui a conduit à quadrupler ce qu'ils percevaient initialement. Qui d'entre nous, si on lui propose de quadrupler son salaire en changeant de patron, va refuser ? Les policiers, quant à eux, ont vu doubler leurs salaires.

Un autre avantage est psychologique. Si la situation devait empirer en Ukraine, les appelés se battront-ils pour défendre un Pouvoir dont la légitimité est nulle, ou attendront-ils patiemment que Poutine reprenne le contrôle de tout le pays dans l'espoir que leurs salaires soient augmentés ? En tout cas, peu accepteront de mourir, ce qui compromet considérablement l'efficacité de la chaîne de commandement.

L'autre point de nature à détourner la population Ukrainienne des imposteurs qui ont pris le pouvoir est  l'accord négocié avec le FMI. Là où Poutine avait signé un accord douanier garantissant aux produits Ukrainiens une libre circulation dans toute la fédération de Russie, doublé d'un prêt de 15 milliards de dollars, triplé d'une forte réduction sur le gaz, le tout sans contreparties réelles pour la population, le FMI n'a pas eu la même mansuétude.

Ils ont pris un engagement sur un prêt dont personne n'est sûr qu'il sera débloqué tant l'instabilité politique est grande. Et ce prêt doit se faire aux même conditions que pour la Grèce : vente des entreprises publiques, fort taux d'intérêt, licenciement de 24000 fonctionnaires (10%) dans un premier temps, augmentation du gaz de 50% pour les particuliers et de 40% pour les entreprises... Si bien que la Banque Mondiale a averti, dans un rapport, que les conditions du FMI menacent l'économie ukrainienne.

Ceux qui renoncent à un prêt avantageux pour leur population en échange d'un autre plongeant celle-ci dans la servitude ne peuvent être considérés autrement que comme des imposteurs et des traitres. Si bien que la révolte contre ce nouveau pouvoir ne gronde plus seulement dans les régions russes de l'Ukraine, mais même à Lvov.


Je voyais, comme tout le monde, les informations annoncer que Ianoukovitch était responsable de la mort de dizaines de personnes sur la place Maïdan, autant des civils que des policiers. Mais, là encore, une conversation confidentielle est apparue sur Youtube. Il s'agissait de Catherine Ashton téléphonant au ministre Estonien des affaires étrangères revenant d'Ukraine. Celui-ci annonçait que tous les morts de Maïdan avaient été tués par les mêmes snipers, et que ceux-ci avaient été payés par quelqu'un de la nouvelle coalition. Un très bon reportage de la télévision allemande sur la responsabilité de ces morts est disponible en version sous-titrée en suivant ce lien.

Madame Ashton, et les Européens derrière elle, soutiennent donc un gouvernement dont nous savons qu'ils sont les meurtriers du peuple ukrainien, tout en continuant de condamner Ianoukovitch dont nous savons qu'il est innocent.


Reste alors, à la charge de Ianoukovitch, la corruption de son gouvernement. Et c'est sur la base de faits de corruption que de nombreuses arrestations ont déjà été menées. Notamment celle du directeur de Naftogaz qui est aujourd'hui en prison.

Je ne peux m'empêcher de me rappeler que madame Timochenko, jugée et emprisonnée pour les mêmes faits, avait dénoncé ce qu'elle appelait une condamnation politique. Bien que des éléments à charge aient été présentés à son procès. Pourquoi donc, à peine sortie de prison, cautionne-t-elle l’emprisonnement de ses opposants pour les mêmes faits ?

Je ne dis pas qu'il n'y a pas des faits de corruption, et que ces faits ne méritent pas une condamnation. Mais je dis par contre que je n'ai entendu personne critiquer les arrestations de ces dernières semaines comme nous avons critiqué la condamnation de madame Timochenko.


Et c'est là qu'intervient la troisième conversation téléphonique confidentielle mystérieusement mise en ligne sur Youtube. Il s'agit de madame Timochenko annonçant qu'elle va mobiliser le monde entier pour qu'il ne reste de la Russie pas même un champ brûlé. Elle ajoute qu'elle exterminera tous les Russes d'Ukraine à l'arme nucléaire. Ce qui pose le problème de savoir qui nous soutenons réellement et quelle légitimité a Moscou à défendre ses ressortissants. Non pas au regard de nos médias dont nous venons d'appréhender le manque d'objectivité, mais bien à celui des menaces réelles qui pèsent sur eux. C'est ce que nous verrons la semaine prochaine.

samedi 5 avril 2014

109- Référendums

Les hommes politiques français aiment bien présenter au peuple le fait que le sommet de la démocratie consiste à choisir son président au suffrage universel. Et une fois qu'ils ont le pouvoir, quel que soit leur bord politique, ils se placent au-dessus de Dieu, juste en-dessous des Américains auxquels ils continuent d'être inféodés. Ils estiment que le vote du peuple leur a donné le mandat de faire ce qu'ils veulent, même si cela ne correspond pas à leur programme électoral.

Je crois me rappeler qu'Hollande, par exemple, avait promis de ne plus faire d'intervention militaire contre un pays sans mandat de l'ONU. Il contestait en cela la position de Sarkozy dont il jugeait la politique de défense velléitaire et confuse. Il revenait à des principes de droit international, seul garant de l'équilibre mondial.

Pourtant, même si Hollande a avancé d'un an notre retrait d’Afghanistan pour respecter son engagement de campagne, il s'est montré dans les faits tout aussi servile que Sarkozy face aux intérêts militaires des Américains. C'est ainsi qu'il avait préparé le bombardement de la Syrie pour soutenir les radicaux salafistes opposés au pouvoir en place, contre l'avis des religieux chrétiens du pays. Il a très mal vécu le fait que les Américains le lâchent au dernier moment, sans le prévenir. Le Monde avait fait un très bon article pour raconter cet épisode.

Le pouvoir du peuple ne se résume donc pas au seul suffrage universel, qui est aujourd'hui détourné au profit des intérêts financiers et géopolitiques. Il réside dans le référendum.

Les hommes politiques détestent les référendums car ce vote les contraint à faire ce que le peuple veut plutôt que ce qu'eux-mêmes (ou les lobbies qui les influences) ont décidé. C'est ainsi que Sarkozy n'a pas respecté le référendum qui a rejeté le projet de constitution européenne en 2005. Il a donné un autre nom au même traité et a fait valider par le congrès en 2008 ce traité de Lisbonne contre l'avis du peuple dont ce congrès prétendait pourtant détenir son autorité. Et tous les élus le formant ont accepté d'entériner cette spoliation de la décision des français.

Une chose m'a marqué lors des manifestations contre le mariage homosexuel. Des manifestants étaient allés au Parlement le jour du vote de la loi et ont déplié une banderole demandant un référendum sur cette question. Ce à quoi le président de l'assemblée nationale a aussitôt réagi en demandant de mettre dehors ces ennemis de la république. Mais en quoi le fait de demander son avis au peuple serait être ennemi de la république si celle-ci se veut une démocratie ? La république n'est que l'instrument qui nous permet de mettre en pratique la démocratie. Elle n'a aucune valeur par elle-même. C'est pour cela que nous pouvons changer régulièrement de république sans pour autant abandonner le principe supérieur de démocratie.

L'ennemi n'est-il pas plutôt celui qui confisque le pouvoir à son profit ou à celui d'un groupe de personnes pour refuser au peuple le droit de s'exprimer ?

Je dis ceci sans me prononcer sur la question du mariage homosexuel mais uniquement sur le principe de fonctionnement de la société. Les hommes politiques élus par un nombre de votants qui ne cesse de diminuer resteront toujours moins légitimes dans leurs choix que les décisions issues des référendums. Et, dans l'exemple cité, l'ennemi de la république n'était pas le citoyen qui demandait un référendum, mais bien Claude Bartolone qui le lui refusait.

Le plus grand fan de Sarkozy est Hollande qui s'inspire de ses méthodes dans son cheminement politique. Il vient en effet de changer le nom de son premier ministre pour nous faire croire qu'il changeait de gouvernement, comme Sarkozy avait changé le nom de la constitution européenne. Le Huffington Post s'est amusé à montrer qu'Ayrault et Valls utilisaient exactement les mêmes mots, chacun pour présenter au journal télévisé ce qu'il allait faire.

Nous voici donc dans un monde nouveau avec Valls qui, selon les mots des commissaires de police, a organisé la répression des femmes et des enfants qui manifestaient contre le mariage homosexuel. Nous verrons si cette supercherie médiatique lui permet de remonter dans les votes futurs. Mais ce qui est sûr, c'est que s'il compte aussi bien les chômeurs que les manifestants, nous avons toutes les chances de voir le nombre de demandeurs d'emploi passer sous la barre des 100 000  personnes avant l'été.



Les Suisses ont compris le fonctionnement de la démocratie depuis longtemps et, malgré le fait qu'ils vivent dans un petit pays potentiellement divisé par les trois langues officielles, ayant une diversité culturelle et religieuse, ils vivent en paix sans jamais aucun conflit social important. Cela est dû en grande partie au fait que les hommes politiques sont élus uniquement pour représenter le peuple. Et à chaque question importante qui se pose à la société, ils ne peuvent prendre aucune décision, quel que soit leur mandat, sans organiser un référendum.

Cela irrite, bien sûr, la commission européenne lorsqu'elle souhaite imposer ses choix aux Suisses. La commission n'est pas élue et a l'habitude de tout décider sans jamais rien demander aux peuples. Mais force est de constater que le modèle suisse fonctionne mieux que le nôtre. 

Est-ce que ce modèle serait transposable en France ? Oui, mais à condition de faire les quatre ou cinq premiers référendums sur des questions peu importantes. Car il y a une telle frustration chez les électeurs qu'ils risquent fort de voter pour sanctionner le pouvoir en place plutôt que pour réellement répondre aux questions posées. Mais une fois passée cette période d'acclimatation à la liberté retrouvée, alors la vie politique et sociale s'assainira considérablement.

Je voudrais remercier monsieur Poutine d'avoir remis la question du référendum sur le devant de la scène internationale. Car c'est bien autour du choix des peuples que se forge la conscience des nations. L'individualisme que nous critiquons parfois n'est souvent que la marque d'une protection vis-à-vis d'un monde extérieur qui ne nous représente plus. Ce qui contribue à accélérer la destruction de ce monde. Mais qu'il redevienne le nôtre par les décisions issues du peuple, et il sera à l'image de notre vie : il restera toujours des imperfections et des erreurs, mais nous aurons la volonté d'aller vers mieux en sachant que ces décisions construisent le monde qui est le nôtre.

Dans l'unique visite qu'il a daigné nous faire depuis deux ans, monseigneur Emmanuel a conclu son homélie, dimanche dernier, en nous demandant si nous voulions pour nos enfants un monde spirituel ou un monde tourné vers la consommation. Il voyait en effet l'église vide d'enfants et pensait sans doute faire culpabiliser les parents présents. Nous reconnaissons là ses explications simplistes et tendancieuses visant à ne laisser comme réponses possibles que des choix orientés dont aucun n'est bon. Il en est de même pour la religion que pour la politique. L'abstention n'est pas forcément une marque de désintérêt. Que les hommes qui en sont à la tête se montrent indignes de leur charge et renoncent aux valeurs qu'ils sont censé défendre, et l'éloignement constaté de ceux qui y participent ne sera que le reflet manifesté de cette indignité dans laquelle nous ne nous reconnaissons plus. Car y participer serait la cautionner, et la cautionner reviendrait alors à se laisser pervertir.

samedi 29 mars 2014

108- Église autocéphale de Chine

D'un point de vue chrétien autant que d'un point de vue politique, l'évolution de la Russie depuis la chute des Tzars est un grand enseignement. Nous avons d'abord eu une période de révolutions et de guerres qui ont été marquées par la volonté de détruire les fondements spirituels de la société, notamment avec Lénine et Staline. Leur pouvoir n'a pu se maintenir que par une répression sanglante.

Seulement, lorsqu'on commence à tuer tellement de personnes, on tue des bons comme des méchants. On tue des élites intellectuelles comme des gens simples, on tue des entrepreneurs ambitieux comme des ouvriers et, en tuant tout le monde, on finit par tuer le développement de son pays, son rayonnement et son avenir. L'URSS s'est ainsi mise dans une impasse financière telle qu'elle n'avait plus les moyens d'éviter son éclatement sous le mandat d'Elstine.

La grande révolution de Vladimir Poutine fut de ne plus opposer l’État et la religion, mais de considérer que l'harmonie des deux peut éviter une rupture dans le fonctionnement de la société. Il a utilisé ce que l'on peut appeler le nationalisme religieux. Cette plaie détestable lorsque la politique déforme la religion pour l'utiliser à ses fins, ou lorsque les religieux agissent en hommes politiques vidant leur message de toute substance, devient source de rayonnement lorsque chacun reste à sa place, mais que les deux ont conscience que leurs intérêts supérieurs sont les mêmes et qu'ils doivent agir, chacun dans leur domaine, pour le développement de leur pays et de leur peuple.


Là où nos hommes politiques n'arrivent plus à finir un seul mandat de 5 ans, Poutine en est à son quatrième mandat de 6 ans (j'espère que Medvedev me pardonnera de le mettre dans un rôle de figurant) et sa cote de popularité n'a jamais été aussi élevée. Son pays n'a jamais été si puissant financièrement et militairement. Les Russes n'ont jamais été si fiers d'eux et de leur pays. Et même si les USA tentent de les étouffer par une guerre financière faite de sanctions diverses, leurs perspectives de développement restent fortes.

Et c'est là que j'ai du mal à comprendre les autorités chinoises. Après une persécution propre à tous les pays communistes, la religion y est aujourd'hui exercée plus librement. Wikipedia présente une très bonne synthèse des religions en Chine aujourd'hui. Parmi elles, le christianisme est celle qui présente le plus grand développement, passant de 700 000 personnes en 1950 à 56 millions en 2007, soit une augmentation de 8571% en un peu plus de 50 ans. Même si, toutes proportions gardées, cela reste peu au regard de la population chinoise.

Certains faits d'actualité contribuent largement au développement des valeurs morales et religieuses. Je pense, par exemple, à cette fillette de 2 ans tuée devant la boutique de son père en étant écrasée par deux camions. Le premier camion l'a écrasée une première fois en roulant sur son corps deux fois. Puis un second camion l'a a nouveau écrasée. Il a fallu de longues minutes avant que quelqu'un ne lui porte secours, malgré les dix-huit personnes qui sont passées près d'elles alors qu'elle agonisait au sol. Elle est morte quelques jours plus tard à l’hôpital. Ces images très dures ont fait le tour de Chine et du monde ; elles ont créé une émotion considérable et les Chinois se sont demandés comment la quête de l'argent avait pu les avilir à un tel stade d'indifférence, leur faisant perdre les valeurs collectives d'entraide et de solidarité.

Pourtant, le christianisme protestant ou catholique (les orthodoxes sont quasiment absents de Chine) pose problème aux autorités. 

Le christianisme catholique, de part son organigramme, impose que les évêques dépendent directement du pape de Rome et soient nommés par lui. Un peu comme le fait d'adhérer à l'Otan impose d'être soumis à un commandement américain. Une mise sous tutelle inacceptable pour un peuple fier et indépendant. Les autorités chinoises la combattent tant qu'elles peuvent. D'abord en ayant créé une église catholique officielle avec des évêques inféodés à l'État et nommés par lui, mais non reconnus par Rome. Puis en combattant le clergé catholique officiel.

C'est ainsi que l'évêque catholique clandestin de Shangaï vient de mourir en étant assigné à résidence, après avoir passé des années en camp de travail et en détention. Mais, comme chaque fois que nous avons un sentiment de persécution injuste, le martyre d'une personne renforce son message au lieu de le discréditer. Si bien que des milliers de fidèles ont assisté à ses obsèques.

Les protestants sont également dangereux pour l’État car de nature à créer des divisions au sein de la société. La multitude de leurs 1200 mouvements distincts conduit régulièrement à des dérives sectaires et à un morcellement communautariste. Et, en tout cas, cette division n'est pas propice à fédérer la société autour de valeurs communes.

Les orthodoxes n'ont pas la même conception du prosélytisme. Nous avons, bien sûr, quelques brebis galeuses - ou, en l’occurrence, quelques pasteurs galeux - qui vont vouloir convertir un maximum de personnes, usant pour cela de pressions psychologiques malsaines destinées à créer un ascendant sur des personnes fragiles, mais notre spiritualité se propage plus par l'exemple que nous donnons que par une volonté hégémonique. 

C'est ainsi que lorsque la Russie s'est convertie au christianisme avec le baptême du prince Vladimir Ier, en 988, ce fut à l'initiative du prince qui avait envoyé dans toutes les parties du monde des émissaires pour étudier les religions et choisir celle qu'il allait adopter.

Pour ma part, j'ai du mal à comprendre que la Chine essaye de combattre le catholicisme romain par une église artificielle, alors qu'il lui serait si facile de favoriser le développement d'une Église autocéphale orthodoxe prônant les mêmes valeurs évangéliques, mais avec une conception ecclésiologique beaucoup moins rigide et occidentalisée.

En 1922, l’Église d'Albanie s'est déclarée indépendante. Les autorités albanaises ne voulaient pas que les prêtres orthodoxes soient nommés par la Grèce et dépendent d'elle afin d'éviter toute ingérence dans leurs affaires intérieures. Le patriarche de Constantinople, dans une décision qui s'est révélée être pleine de sagesse, a validé ce statut d'autocéphalie (qui a sa propre tête) en 1937. Le Patriarche actuel est monseigneur Anastase. Il est apprécié de tous, y compris des autorités albanaises qui avaient un apriori négatif contre lui du fait de ses origines grecques. Il s'attache au développement spirituel de son pays, loin de toute ingérence politique.

Si la Chine le voulait, de part son importance territoriale et ses liens privilégiés avec la Russie, elle n'aurait aucun mal à se voir accorder un statut d'autocéphalie avec son propre patriarche qui ne dépendrait d'aucune tutelle extérieure. Elle n'aurait plus une Église de l'ombre qu'elle combat et une Église officielle sans légitimité ecclésiastique. De cette façon, le développement du christianisme face aux religions ancestrales du pays ne serait plus le ferment de divisions futures de la société, mais participerait à sa cohésion, comme Poutine a su le faire dans son pays.

Il n'est pas sûr que le pape de Rome apprécie une telle évolution, mais c'est une autre question...

Même s'il s'agit ici d'une projection qui va au-delà d'un développement sur quelques années, participer à une telle construction serait passionnant et j'espère qu'il me sera un jour possible d'en suivre l'évolution au fil des nouvelles diffusées sur internet.