de l'intérieur d'une communauté

Quels que soient les groupes sociaux, on ne voit souvent d'eux que la partie « marketing ». Celle qui est bien présentable et que l'on souhaite mettre en évidence, au mépris souvent de la réalité. Ce blog, qui se revendique comme un blog d'information, va tenter de présenter la vie de la communauté hellénique de Lyon par ceux qui la vivent de l'intérieur.
J'ai connu deux hommes qui ont dignement représenté la communauté hellénique : monseigneur Vlassios et le père Athanase Iskos. Ils n'ont jamais eu à rougir de ce qu'ils ont fait ou dit et ont laissé une communauté respectée et respectable. Le contraste pourra paraître saisissant entre les 50 ans qui viennent de s'écouler et ce qui se passe depuis plus de six ans, mais si l'on veut rester fier de ce que l'on est, il ne faut pas hésiter à prendre ses distances lorsque ce que l'on voit s'éloigne de nos idéaux.
Dans un premier temps, je vais raconter une histoire au travers de courriers échangés et de documents, qui seront tous reproduits. Dans un second temps, je débattrai autour des questions qui seront posées à mon adresse mail : jeanmichel.dhimoila@gmail.com .
La communauté hellénique de Lyon étant une association cultuelle, loi 1905, les références au culte seront nombreuses et indispensables pour comprendre le sens de ce qui est recherché, et malheureusement parfois ses dérives.

Bonne
lecture à tous

mercredi 23 mai 2012

50- Icônes et symboles francs-maçons

Suite au message Patriarcat et Franc-Maçonnerie, le père Nicolas Kakavelakis a dit à plusieurs personnes que j'étais fou d'associer les deux. Ce n'est pas moi qui associe les deux, mais ce sont les événements qui s'en sont chargés eux-mêmes, comme les documents présentés l'ont montré. J'aurais cru que quelqu'un qui a un doctorat serait capable d'un raisonnement un peu plus élaboré s'il souhaitait contester des faits qui l'ont mis en porte-à-faux.

Si vous tapez sur Google symboles francs-maçons, la toute première image qui apparaît est la suivante :


On y retrouve l’œil dans un triangle, qui domine toute chose, avec les rayons lumineux qui en partent. Michel Feuillet, dans son Lexique des symboles chrétiens, éd PUF, Paris, 2010, p. 80, référence cet œil dans un triangle comme l'un des symboles chrétiens. Mais il précise que le triangle, symbole des chrétiens, est équilatéral, car les trois personnes au sein de la Trinité sont égales.

Les francs-maçons ont repris ce symbole aux catholiques vers le XVIIIème siècle, mais il en ont parfois allongé la base pour en faire un triangle isocèle, rapprochant le graphisme du fronton des temples. Ce triangle isocèle a la particularité d'être la base du graphisme du pentagramme.

Bien que l'on retrouve ce symbole de l’œil dans l’Égypte antique, il apparaît vers le XVIème siècle dans la peinture occidentale. L’Église orthodoxe n'y fait jamais référence et il n'est jamais utilisé dans l'art iconographique, comme nous allons le voir plus bas : la représentation des symboles ne correspond pas aux canons édictés par l’Église. Il est donc particulièrement surprenant de le trouver dessiné sur l'iconostase de l'église grecque de Pont-de-Chéruy.




Le triangle représenté ici est isocèle, et non équilatéral. Il s'inspire donc du graphisme des francs-maçons, et non de celui des catholiques. La négation gênée du père Nicolas, affirmant de façon péremptoire qu'un lien entre le Patriarcat et la franc-maçonnerie est fantaisiste peut donc sembler un peu hâtive.

Ce symbole est placé au-dessus du Christ, donc au-dessus de Dieu, puisque le Christ est Dieu, à l'aplomb des portes saintes, qui symbolisent le passage entre le monde que nous connaissons (la nef de l'église) et la Jérusalem céleste (le sanctuaire).

On peut donc légitimement supposer que, par ce petit signe que personne ne regarde vraiment, les francs-maçons montrent qu'ils sont au sein de l’Église, et qu'ils entendent la dominer. N'ai-je pas été moi-même invité à les rejoindre ?



Dans le christianisme, le triangle est souvent utilisé, dans les homélies, comme un symbole de la Sainte-Trinité : un seul Dieu en trois personnes, comme le triangle est un en trois côtés. Mais son symbolisme est radicalement opposé à celui des Francs-Maçons.

Si le triangle des francs-maçons est souvent isocèle, il est également parfois équilatéral, comme sur la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Le triangle le plus connu est celui sur les dollars américains.


 
Cette pyramide manifeste l'élite qui domine sur le peuple ; l’œil étant la connaissance réservée à l'élite, l'être suprême qui dépasse les religions des uns et des autres. Nous retrouvons cette pyramide, à Lyon, au sommet de la tour du Crédit Lyonnais, à la Part-Dieu. Cette pyramide a été voulue pour montrer que ce n'est pas l'archange Michel qui protège Lyon du haut de Fourvière, mais les francs-maçons. En effet, la tour du Crédit Lyonnais devait être, à l'origine, plus haute que Fourvière, en hauteur absolue, mais le sommet de la pyramide arrive finalement à la même hauteur que l'archange Michel, pour ne pas faire de jaloux...



Dans le christianisme le père Sophrony, disciple de saint Silouane, est revenu sur ce symbole, mais en le renversant : A la base de la pyramide renversée, dont le fond insondable n'est autre que le sommet, se trouve le Christ crucifié par amour pour le monde (Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, Moine du Mont-Athos, éd. Présence, 1973, p. 230, §4). Il est la " pierre " qu'ont rejetée les gouvernants de ce monde mais qui, dans l'ordre réel de l'être, se trouve à la base de tout ce qui existe (Archimandrite Sophrony, Voir Dieu tel qu'Il Est, éd. Labor et fides, Genève, 1984, p. 74, §3). Le Christ, bien qu'étant Dieu, bien qu'étant la tête de l’Église, s'est fait le plus humble de tous, s'est placé au-dessous de tous. Par sa position il porte le monde, il porte le poids des péchés du monde dans un amour kénotique (Phil. 2, 5-8).

Dieu prend cette place pour donner aux hommes la connaissance de la vérité et permettre que cette connaissance leur apporte la liberté. Le judaïsme et le christianisme se distinguent d'ailleurs du bouddhisme, de l'hindouisme et des autres religions par le fait que ce n'est pas l'homme qui a acquis la connaissance par lui-même, mais c'est Dieu qui s'est penché sur l'homme pour la lui révéler.

Dans l'office du baptême, le prêtre dit : Béni soit Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ! Là où les francs-maçons ne réservent la connaissance qu'à l'élite, les chrétiens croient, eux, que Dieu veut cette connaissance pour tous les hommes.

Les évêques du 7ème concile œcuménique ont commencé le texte du décret dogmatique de ce concile par ces mots : Nous décidons en toute exactitude et après examen complet que, de même que la sainte et vivifiante croix, les saintes et précieuses icônes peintes avec des couleurs [...] doivent être placées dans les saintes églises de Dieu, sur les vases et les vêtements sacrés, sur les murs et les planches, dans les maisons et sur les routes, que ce soient les icônes de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, ou de notre souveraine sans tache, la Sainte Mère de Dieu, ou des saints anges et des hommes saints et vénérables.

Mis à part pour le signe de la Croix, instrument du salut, où les débats ont été longs et houleux, ne sont représentés sur les icônes que ce que l'homme connaît de l'Incarnation divine et ce que cette incarnation a permis de transfigurer dans la nature humaine : les saints. C'est ainsi que Dieu n'est représenté que par le Christ sous sa forme humaine, l'Esprit-Saint par l'apparence qu'il a prise lors du baptême du Christ (colombe) ou lors de la pentecôte (langues de feu). Mais le Père n'est jamais représenté. On ne représente pas non plus les symboles, car les symboles se sont effacés pour laisser la place à la connaissance. C'est ainsi qu'ont cessé d'être représentés le Christ sous l'image du berger, ou le poisson, ou encore l'ancre... utilisés dans les catacombes lors des premiers siècles (Jean Daniélou, Les symboles chrétiens primitifs, éd. du Seuil, 1961).

Le professeur Michel Feuillet, auteur de Représenter Dieu, Desclée de Brouwer, 2007, a écrit :  Dans le monde orthodoxe, ce type de symbole (œil dans un triangle) n'a pas lieu d'être, dans la mesure où la divinité ne peut être représentée que par le Christ, Dieu incarné. Pour les orthodoxes, représenter l'humanité de Jésus sur une icône c'est montrer sa divinité, les deux Natures étant présentes - à la fois distinctes et indissociables - dans son unique Personne.

Andréï Roublev a été précurseur en représentant la Trinité. Mais là encore, si l’Église a unanimement adopté cette innovation, c'est qu'il a représenté un détail de l'hospitalité d'Abraham (Gen. 18, 1-19) : les trois inconnus qu'il a accueillis et qui se sont révélés être des anges envoyés pour détruire Sodome et Gomorrhe et lui annoncer que Sarah serait enceinte. L'hospitalité d'Abraham est une figure de la révélation du Dieu Un en Trois personnes car Abraham voit trois inconnus qui se présentent à lui, mais il leur parle au singulier, comme s'ils étaient un (Gen. 18, 1-3). Jamais Dieu n'est représenté sur les icônes par un triangle, du moins pas dans l'orthodoxie.
 
Nous verrons bien si monseigneur Emmanuel va faire ce qu'il faut pour que ce symbole soit poncé et qu'il soit remplacé par une icône. Même si ça lui fait mal de devoir refaire une iconostase que le père de sa propre trésorière avait restaurée du temps où il présidait la communauté de Pont-de-Chéruy.

Pour plus de détails sur les icônes je renvoie vers ce très bon article du père Boris Bobrinskoy.

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