de l'intérieur d'une communauté

Quels que soient les groupes sociaux, on ne voit souvent d'eux que la partie « marketing ». Celle qui est bien présentable et que l'on souhaite mettre en évidence, au mépris souvent de la réalité. Ce blog, qui se revendique comme un blog d'information, va tenter de présenter la vie de la communauté hellénique de Lyon par ceux qui la vivent de l'intérieur.
J'ai connu deux hommes qui ont dignement représenté la communauté hellénique : monseigneur Vlassios et le père Athanase Iskos. Ils n'ont jamais eu à rougir de ce qu'ils ont fait ou dit et ont laissé une communauté respectée et respectable. Le contraste pourra paraître saisissant entre les 50 ans qui viennent de s'écouler et ce qui se passe depuis plus de six ans, mais si l'on veut rester fier de ce que l'on est, il ne faut pas hésiter à prendre ses distances lorsque ce que l'on voit s'éloigne de nos idéaux.
Dans un premier temps, je vais raconter une histoire au travers de courriers échangés et de documents, qui seront tous reproduits. Dans un second temps, je débattrai autour des questions qui seront posées à mon adresse mail : jeanmichel.dhimoila@gmail.com .
La communauté hellénique de Lyon étant une association cultuelle, loi 1905, les références au culte seront nombreuses et indispensables pour comprendre le sens de ce qui est recherché, et malheureusement parfois ses dérives.

Bonne
lecture à tous

mercredi 22 octobre 2014

135- Manos



Habituellement, lorsqu'une entité souhaite promouvoir un produit, elle s'offre une double page dans le New York Times.
 

Les finances de la Métropole Grecque de Paris, englouties en généreux frais de déplacements estivaux, ne lui permettant pas de telles largesses, c'est dans le bulletin paroissial l'Annonce Orthodoxe que le métropolite Emmanuel Adamakis essaya de redorer son image, largement ternie depuis qu'il avait été vu dans une situation peu canonique.

Pour cela, il fit appel au directeur de la publication, le père Nicolas Kakavelakis. Mû par un esprit de dévote servilité, ce dernier osa faire l'éloge de celui que les autres hiérarques du monde orthodoxe ne veulent plus voir s'asseoir à leurs côtés.

 
Ne pouvant décemment pas présenter une photo du Métropolite en vacances, il prit une ancienne photo à son avantage, et sur laquelle il avait encore sa barbe, pour lui faire sa promotion.

Élève non-avoué d'un maître non-reconnu, le père Nicolas recopia la biographie que j'avais mise en lien d'un précédent message. Il ne trouva pas plus que moi d'éléments permettant de savoir si le Métropolite avait été fait moine, ni où il aurait pu le devenir, et encore moins combien de temps il serait resté à se former à l’ascèse monastique.

Comme pour le Nutella, dont les anniversaires médiatiques nous rappellent que ses 50 ans d'expérience feront toujours la différence, le père Nicolas décida de fêter les 11 ans de présence en France du Métropolite Emmanuel. Sauf qu'ici il y avait autre chose à tartiner.

En fait, pour être plus précis, le métropolite ayant été nommé le 20 janvier 2003, il fêtait ses onze ans, huit mois et une semaine de sacerdoce. Personne n'aurait pu dire pourquoi un tel anniversaire anachronique, mais il est vrai que nous ne sommes plus à un détail près. Sans doute le souvenir de la bougie dressée sur le gâteau l'avait-il rendu nostalgique et impatient.

Comparé aux 33 ans de sacerdoce du père Athanase à Lyon, nous n'en avons plus que 22 à tirer. C'est vrai que ça se fête.

 
J'espère qu'ils ont invité monseigneur Paul Pot pour l'anniversaire : lui aussi aime bien fêter les onze ans...

A défaut de convaincre ses lecteurs, le père Nicolas espérait au moins pouvoir rassurer le Métropolite sur sa docile soumission. Cette marque, que l'on retrouve plus couramment chez les caniches, était cependant risquée. Il avait en effet 50% de chance que le Métropolite préfère être lui-même dans le rôle du soumis, plutôt que d'en être entouré.
 
De même que pour sa thèse de doctorat, dont il essaye encore de laisser supposer qu'il a pu en être l'auteur, le père Nicolas ne cita pas la source de son article.

Mais n'extrapolons pas et revenons-en aux acquis.


En 1964, Eleftherios Sereslis décida de quitter son île natale de Lesbos pour venir chercher du travail à Lyon. Homme pieux et intègre, il acheta la maison la plus proche qu'il trouva de l'église grecque et s'y installa.

Son fils, Manos, fut ordonné lecteur par le métropolite Meletios, en 1974, venu à Lyon pour la fête patronale de notre église.

Mgr Mélétios ordonne lecteur Emmanuel Sereslis - 1974


Toujours à servir l'office dans le sanctuaire, il resta près de trente ans à former les enfants au service divin.

Ayant passé toute sa vie à proximité de l'église, avec sa famille, c'est là qu'Eleftherios mourut, le 9 mars 2012, entouré de ses enfants et petits-enfants.
 
L'un de ses petits-enfants, Nicolas, écrivit peu après, sur sa page facebook, un message d'hommage à notre ancien chantre, Kostas. Ce message déplut fortement au père Nicolas, qui fit pression sur le jeune homme pour qu'il le retirât. 

Les pressions n'ayant pas abouti, le père Nicolas attendit l'office des défunts du grand-père, traditionnellement célébré quarante jours après le décès. Il arrêta la liturgie et dit au jeune homme qui s’apprêtait à lire le symbole de foi : Si tu lis, je ne fais pas l'office de ton grand-père ! Tous les détails sont mentionnés dans un précédent article.

S'ensuivit un début de bagarre dans l'église. La situation, si elle semblait coutumière au père Nicolas, resta néanmoins dans les annales comme l'une des plus indignes que nous ayons connues.

La veuve d'Eleftherios écrivit au Métropolite pour dénoncer l'ignominie de ce qu'elle avait vécu, mais il ne trouva pas le temps de dégager ses mains de ses pressantes activités pour lui répondre. 

Confiant qu'un jour chacun recevrait selon ses œuvres, Manos s'occupait de rester juste dans ce qu'il faisait, en essayant d'oublier l'amertume laissée par ce que sa famille avait vécu.

Cette année, comme toutes les années, Manos partit avec sa famille à Lesbos, retrouver sa mère, son île natale, et se recueillir sur les nombreux lieux saints de Mytilène. Il ne pouvait y rester plus d'une semaine et profita de chaque instant.

Un soir, il décida d'aller manger dans l'auberge tenue par un lointain cousin et sa mère. Il y avait plusieurs années qu'il ne les avait vus et se réjouissait de les retrouver. C'est assis face à la mer qu'il vit arriver le métropolite Emmanuel, portant un pantalon slim, nom évocateur dont on peut supposer qu'il est issu de la subtile contraction des mots slip et moulant. Dévêtu de ses signes distinctifs de membre du clergé, il avait harmonisé sa tenue au pantalon qu'il portait. Accompagné d'un jeune homme à l'allure efféminée, qui aurait pu être son petit-fils, il avait une mine épanouie que nous ne lui connaissions pas.


Quand Manos me raconta cette histoire, je ne pouvais m'empêcher de penser à la protection mystérieuse que son père avait toujours accordée à ses enfants et ses petits-enfants. Protection de son vivant, qui pousse les hommes à construire de belles choses pour transformer le monde, et le laisser plus beau qu'ils ne l'ont trouvé à ceux qu'ils aiment. Protection qui les accompagnait également au-delà de la mort par cette rencontre inopinée.

Telles le Christ disant à ses disciples : Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde (Matth. 28, 20), les consciences pures que Dieu a reprises auprès de lui peuvent garder un lien fort avec leurs proches pour les protéger. C'est le sens de l'intercession des saints, très présent dans l'orthodoxie. Saint Silouane du Mont Athos disait : C'est grâce à de tels hommes, je pense, que le Seigneur garde le monde [...] Dieu écoute toujours ses serviteurs humbles et, nous tous, nous vivons en paix grâce à leurs prières (Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, éd. Présence, Belley, 1989, p. 216).


C'était comme si une force implacable et immuable avait réuni dans l'île du grand-père, là où sa famille et la famille de sa famille avaient vécu avant lui, dans le restaurant familial, les êtres qu'il chérissait. Comme s'il leur disait : Regardez celui vers qui vous vous êtes tournés pour demander justice après mon enterrement. Je vous l'ai amené, puisqu'il n'a jamais daigné vous répondre. Voyez-le non pas tel qu'il essaye de se présenter sous des dehors de respectabilité, mais tel qu'il est.

On raconte qu'au moment du procès des Templiers, Jacques de Molay maudit le roi Philippe le Bel lorsqu'il fut mis sur le bûcher pour être supplicié. Il convoqua sous un an les protagonistes de son procès inique devant le tribunal de Dieu : le pape Clément V, le chevalier Guillaume (Guillaume de Nogaret ou bien le grand inquisiteur Guillaume Humbert) et le roi Philippe le Bel. Tous moururent dans l'année, y compris les trois fils du roi dont la lignée s'éteignit.

Eleftherios n'était sans doute pas aussi expéditif que Jacques de Molay. Mais peut-être quand même un peu espiègle...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire