de l'intérieur d'une communauté

Quels que soient les groupes sociaux, on ne voit souvent d'eux que la partie « marketing ». Celle qui est bien présentable et que l'on souhaite mettre en évidence, au mépris souvent de la réalité. Ce blog, qui se revendique comme un blog d'information, va tenter de présenter la vie de la communauté hellénique de Lyon par ceux qui la vivent de l'intérieur.
J'ai connu deux hommes qui ont dignement représenté la communauté hellénique : monseigneur Vlassios et le père Athanase Iskos. Ils n'ont jamais eu à rougir de ce qu'ils ont fait ou dit et ont laissé une communauté respectée et respectable. Le contraste pourra paraître saisissant entre les 50 ans qui viennent de s'écouler et ce qui se passe depuis plus de six ans, mais si l'on veut rester fier de ce que l'on est, il ne faut pas hésiter à prendre ses distances lorsque ce que l'on voit s'éloigne de nos idéaux.
Dans un premier temps, je vais raconter une histoire au travers de courriers échangés et de documents, qui seront tous reproduits. Dans un second temps, je débattrai autour des questions qui seront posées à mon adresse mail : jeanmichel.dhimoila@gmail.com .
La communauté hellénique de Lyon étant une association cultuelle, loi 1905, les références au culte seront nombreuses et indispensables pour comprendre le sens de ce qui est recherché, et malheureusement parfois ses dérives.

Bonne
lecture à tous
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dimanche 11 mars 2012

32- Le bon pasteur, la brebis et le loup



Lorsque l'on est gêné par une situation, on préfère souvent fermer les yeux et se dire que chacun a sa vie et que ça ne nous regarde pas. La plupart du temps, c'est vrai. Sauf lorsque la personne en cause agit avec un mandat pour nous représenter : un policier qui va voler, un pompier qui va mettre le feu, un homme politique qui sera corrompu... comme je l'ai développé dans le message 2. Le cas du prêtre va encore plus loin car il se présente comme voulant nous donner un exemple pour nos vies privées.

Depuis un an maintenant, certains ont vu dans l'histoire de mademoiselle P. une immixtion dans une vie privée. Mais est-ce moi qui ai fait cette immixtion dans la vie privée du père Nicolas ? N'est-ce pas plutôt le père Nicolas qui l'a faite dans la vie de mademoiselle P. ? Lorsque le père Nicolas vient me voir pour me proposer de devenir prêtre, ne s'agit-il pas également d'une immixtion dans ma vie privée ? A quel titre son intervention dans ma vie serait-elle légitime et la mienne dans sa vie non ? Je crois que les deux interventions sont légitimes.

Si le père Nicolas est prêt à faire prendre à ma vie un cours différent, n'est-il pas juste qu'il y soit confronté lui aussi ? Qui est l'arbitre si le père Nicolas n'est pas content que je lui applique les règles qu'il veut pour moi ? Le Christ a aboli toutes les barrières entre les hommes. L’Évangile est la règle du jeu qu'il nous propose et tout le monde est à égalité dans ce jeu. Quelqu'un veut y jouer ? Alors il doit avoir conscience que cette règle est d'abord pour lui, car lorsqu'il va vouloir l'appliquer aux autres, elle lui sera opposée à chaque instant. C'est un peu comme Jumanji : si tu commences, c'est trop tard...

Que disent donc ces règles ? Si un homme a cent brebis et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour aller chercher celle qui s'est égarée (Matth. 18, 12) ? Ces règles disent encore : " Le mercenaire, qui n'est pas le berger, et à qui n'appartiennent pas les brebis, voit venir le loup, abandonne les brebis et prend la fuite. [...] Je suis le bon berger. Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent (Jn 10, 12-16). " 

Il y a moins de gratification immédiate à être le bon pasteur, j'en conviens. Mais mettons-nous dans la peau de celui-ci quelques minutes. La petite brebis s'est égarée, elle cherche son chemin et demande de l'aide. Elle vient d'échapper aux pièges de la montagne et a manqué de se faire dévorer déjà plusieurs fois. Dois-je lui apporter un peu d'aide, ou bien dois-je la laisser se débrouiller en pensant : " Quelle conne cette brebis, de toute façon elle est foutue, alors qu'elle se taise. Le pauvre loup ! J'espère qu'elles ne sont pas toutes aussi chiantes avec lui. Qu'est-ce qu'il doit supporter, quand même ! " Mais dire cela revient à me mettre dans le rôle du mercenaire alors que c'est le pasteur que j'essayais de cerner.

Bon ! Reprenons ! Je vois une petite brebis qui gambade et qui a tous ses problèmes au même titre que chacun d'entre vous a les siens. Elle vient me voir pour discuter. Est-ce que je dois me dire : " Hummmmm... que voici une charmante petite brebis bien appétissante ! " ? Ne serais-je pas plutôt le loup si je raisonne ainsi, malgré mon déguisement de pasteur ?

Ce n'est pas encore ça ! Comme le rôle n'est pas facile à cerner, je crois que si une petite brebis en difficulté se présente, je ne vais pas bouger. Je vais rester bien sagement à attendre que l'on ne parle plus de cette brebis. Et puis, si j'entends quelqu'un qui voudrait que la petite brebis soit aidée, je dirai que j'ai fait une enquête approfondie et qu'il ne s'est rien passé. De toute façon, si je suis le pasteur, cela signifie que les autres sont des brebis. Et, par définition, une brebis ne se plaint pas. Je n'aurai donc rien à craindre de ce côté-là. Mais est-ce que je ne redeviendrai pas alors une petite brebis comme les autres si j'adopte ce comportement, malgré mon déguisement de pasteur ?

Reprenons encore ! C'est vrai, le rôle du bon pasteur n'est pas terrible. Il était tranquille auprès de ses 100 petites brebis qui payaient toutes leur cotisation annuelle avec du lait et de la laine. Ils formaient une bonne entente. On envoyait quelques fromages au patron des différents pasteurs pour qu'il nous laisse tranquille et, d'un coup, il faut tout laisser pour une brebis que l'on n'est même pas sûr de retrouver. En plus, on risque une entorse et de perdre une autre brebis si on va chercher celle qui vient de s'enfuir.

La morale de tout ceci ? Il n'y a que lorsque vous êtes vraiment le bon pasteur que vous pouvez vous permettre d'aller demander à quelqu'un de vous suivre pour qu'il soit lui aussi pasteur. Parce que si vous êtes le loup, vous ne pourrez faire de votre recrue qu'un loup de plus. Si vous êtes une brebis, vous n'arriverez pas davantage à en faire un pasteur. Et si vous êtes mercenaire, que pourrez-vous transmettre ? C'est donc ici que s'achève l'histoire d'une vocation avortée : recruté par quelqu'un qui aime autant l'argent que les femmes et que le pouvoir ; quelqu'un tout à la fois brebis, mercenaire et loup, mais certainement pas pasteur.

Alors, comme je ne suis ni le bon pasteur, ni le mercenaire, ni le loup, c'est donc que je ne suis que la gentille petite brebis qui reste bien sagement dans le troupeau et qui se demande parfois pourquoi personne n'est allé chercher la 100ème petite brebis, et même la 99ème qui est partie aussi, et même la 98ème que l'on ne revoit plus, et peut-être encore la 97ème qui ne devait pas s'absenter longtemps, et peut-être aussi la 96ème... Et peut-être que je me demanderai aussi pourquoi on a voulu me faire disparaître du troupeau des gentilles petites brebis quand j'ai voulu savoir pourquoi il ne restait plus beaucoup d'autres gentilles petites brebis.

vendredi 9 mars 2012

31- L'heure du choix



Nul n'est prophète en son pays (Mc 6, 4). C'est sur ces mots que le Christ, désabusé, quittait Nazareth dans l'indifférence générale.
 
Outre le fait que je ne sais pas chanter, que je ne parle pas grec, que je n'ai pas le niveau d'instruction suffisant, que je ne sais faire preuve d'aucune diplomatie, il aurait fallu que je quitte Lyon si j'avais accepté de devenir prêtre. Cela aurait été une conséquence lourde pour mes enfants. Le père Nicolas m'a bien proposé de m'occuper de Pont-de-Chéruy, ou de prendre la paroisse du père Antoine. Il m'avait dit que le père de Pont-de-Chéruy allait bientôt partir, même si ce n'était pas encore connu. Et puis le père Antoine n'est pas très bien vu du métropolite depuis le procès contre Alice...
 
Pour représenter une personne morale (la métropole en l’occurrence) devant la justice, il faut un mandat des administrateurs de cette personne morale. Monseigneur Emmanuel avait donc réuni les représentants de toutes les paroisses de France pour avoir le mandat de les représenter en justice dans le procès qu'il voulait intenter à Alice pour récupérer la maison de retraite et le foyer d'étudiants. Le père Antoine s'est abstenu lors du vote. Monseigneur Emmanuel a donc eu la majorité de son conseil pour saisir la justice, mais pas l'unanimité. Je ne me prononce pas sur le bien-fondé de ce procès car les échos que j'ai eus des deux côtés permettent d'avoir une idée de ce qui s'est passé, mais pas d'en appréhender vraiment la vérité. Je sais juste que le père Antoine est aimé dans sa paroisse et que je ne vois pas ce que j'aurais apporté à le remplacer.
 
Reprendre une paroisse de Lyon n'était pas envisageable. Obéir à un évêque auquel j'aurais été soumis ne l'était pas davantage. Il est vrai que cela limite beaucoup les chances de réussite d'un tel projet !
 
Et puis, plus généralement, on ne peut aller vers quelque chose que lorsque l'on a mis à jour ses propres affaires. Sinon, on retrouve ses problèmes là où l'on va. C'est le principe de sagesse de construire sur des fondations solides (Matth. 7, 26). Il me reste beaucoup de choses à mettre en ordre dans ma vie avant de me présenter aux autres comme un modèle.

Je m'imposais donc de ne prendre aucune décision et d'observer attentivement ce qui se passait pour ne pas avoir à regretter mon choix, quel qu'il soit. L'année 2010 se terminait et avec elle passait la date avant laquelle le père Nicolas voulait me marier. Les travaux du presbytère se poursuivaient avec leur lot de problèmes à gérer. Les élections du comité étaient fixées pour février. Nous continuions à  parler de la meilleure façon de procéder pour que le père Nicolas soit entouré d'un comité qui le soutienne. Il y a de nombreuses façons pour y arriver.

Le père avait identifié ceux qui s'étaient le plus opposés aux travaux et ceux qui avaient le plus d'autorité. Ces personnes-là devaient être minoritaires dans le nouveau comité, ou accepter sans réserve sa façon de procéder. Il s'agissait de S. à cause de son tempérament fort et du fait qu'il était respecté, de N. qui voulait renouveler son mandat de président et qui était très attaché au père Athanase, de L. à cause de l'influence possible de sa mère, de V. à cause de son ambition et du fait qu'elle s'était opposée à changer les fenêtres de son appartement et la cuisine, et de A. à cause du fait qu'elle avait inscrit plusieurs fois à l'ordre du jour du comité, en tant que secrétaire, un point sur les travaux de réfection sous la dénomination désidérata du père. Ces personnes-là pouvaient potentiellement s'opposer aux modifications de statuts qui étaient le but principal de la venue du père Nicolas.

A leur place, il fallait mettre le plus de jeunes possibles (moins de caractère et plus influençables), ou bien des personnes sans lien avec les familles influentes. Seule ma cousine lui semblait indispensable à cause du soutien que l'évêque lui apportait et de sa docilité à l'institution. Je reviendrai dans un autre message sur ce soutien, car il faudrait approfondir la quasi faillite de la métropole et le limogeage de monseigneur Jérémie pour le comprendre.

Le père ne pouvait pas dire ouvertement de voter pour un tel plutôt que pour un autre, mais il pouvait multiplier les candidatures de personnes plus faciles à gérer, et faire circuler le message de voter pour des jeunes. 

Comme je l'ai écrit dans le roi de l'Ouganda, je ne voyais pas encore que le père Nicolas avait des discours différents suivant les personnes auxquelles il s'adressait. J'ouvrais les yeux pour voir comment des paroissiens se comportaient avec leur prêtre, parce que cela pouvait me concerner, je voyais certaines choses chez le père qui commençaient à me mettre mal à l'aise, mais je continuais à suivre ce qu'il demandait.

Caroline s'occupait de la chorale des enfants, des manifestations œcuméniques, elle chantait dans le chœur. Moi je faisais les travaux, le catéchisme pour les adultes et l'accueil des classes scolaires.

Le dimanche 30 janvier 2010, le père a réuni 4 personnes : V., M., Caroline et moi. Il nous a expliqué que les élections approchaient, qu'il avait bien réfléchi, et que je ne devais pas me présenter. Qu'il avait interdit à sa femme de se présenter également. Que Caroline devait se présenter pour rester près de lui et l'aider. Que moi, la métropole ne voulait pas m'exposer pour ce que je savais (la prêtrise). Que j'étais son ami et que, s'il le fallait, il pouvait convaincre la métropole de changer sa position.

Cette conversation m'a mis très mal à l'aise. D'abord parce que V. était restée longtemps en tête de sa " liste noire " des personnes ambitieuses qui pouvaient le gêner, et qu'il semblait qu'elle voyait son rôle dans les différentes associations comme un tremplin pour devenir consul à la place du consul. Il ne l'avait mise dans son futur organigramme que lorsqu'il avait eu l'assurance qu'elle suivrait ce qu'il demanderait.

Ensuite, je savais qu'il mentait en disant qu'il m'interdisait de me présenter au même titre qu'il l'avait interdit à sa femme parce que celle-ci m'avait dit, lors d'un café qui suivait la liturgie, que le père avait fait tout ce qu'il pouvait pour qu'elle se présente aux élections, mais qu'elle avait refusé. C'était la première fois qu'il m'appelait son " ami " et ça ressemblait plutôt à un coup de poignard dans le dos. J'ai compté les 5 fois qu'il a utilisé ce qualificatif dans les jours qui ont suivi.

Depuis que je suis en âge de voter, je n'ai jamais voté aux élections du comité, et me suis encore moins présenté pour être élu. J'ai simplement aidé quand on me disait qu'il y avait besoin. Je devais me présenter lors de ces élections à la demande du père Nicolas Kakavelakis. Il avait vu que j'étais un soutien et que j'avais refait son appartement tel qu'il l'avait voulu, et subitement il s'opposait à ce que je me présente, qui plus est en mentant. Quelques temps plus tôt il me parlait de choses confidentielles et là il ne prenait même pas la peine de m'avertir de sa décision de m'exclure lorsque nous étions seul à seul.

Les statuts disent que n'importe quel membre de la communauté peut se présenter, mais que l'élection est soumise à la validation de l'évêque. J'aurais donc pu me présenter contre la volonté du père, et voir ensuite ce qui allait se passer. Mais je ne convoitais rien en ayant accepté de me présenter à ces élections. Par contre, ce qui a créé en moi un très grand désir, c'est de savoir quelles étaient les véritables motivations du père Nicolas.

Est-ce qu'il agissait de lui-même ? Était-ce pour faire plaisir à quelqu'un ? Qui croyait être suffisamment influent pour m'empêcher de faire quelque chose ? Est-ce que c'était pour avoir toujours dit que je n'accepterais pas qu'il y ait un prix sur les sacrements ? Est-ce que cela venait de l'évêque, comme il l'a dit à quelques personnes ? Est-ce que l'évêque n'était au contraire qu'un faire-valoir, au même titre que le comité n'avait été qu'un faire-valoir durant les travaux ? Est-ce qu'il agissait pour garder sa liberté de mouvement envers les jeunes filles ? Certains sont même allés jusqu'à dire que sa femme avait trop d'admiration pour la façon dont son appartement avait été refait, et qu'il voyait d'un mauvais œil les compliments qu'elle faisait.

Je n'ai pas la réponse à ses véritables motivations, mais j'ai détesté qu'il fasse allusion à la prêtrise ce jour-là. Il me la présentait comme une carotte destinée à faire passer la pilule d'une éviction ; comme un lot de consolation. J'ai pour la prêtrise un très grand respect. Ce n'est pas une chose dans laquelle je m'engagerais par moi-même et je n'allais certainement faire aucune concession sur ma manière de fonctionner pour garder une chance de devenir prêtre. C'était même plutôt un soulagement d'avoir alors la conviction que ce n'était pas ma place.

Le père a su dans l'heure qui suivait que je ne courais pas après ce genre de carotte et que lui devait arrêter de croire qu'il pouvait jouer avec. Malgré tout ce qu'il y avait de négatif à cette réunion, j'ai invité le père à venir manger à la maison le lendemain soir. C'était le repas décrit dans un repas arrosé.

mercredi 7 mars 2012

30- Corps, cœur et esprit



Pendant très longtemps, quelqu'un qui voulait aller vivre dans un monastère abandonnait tout au moment où il ressentait cet appel. Mais les higoumènes (mot grec pour désigner le supérieur d'un monastère) se sont aperçus, avec le temps, qu'une personne qui entre dans un monastère n'y reste pas forcément. Et lorsqu'il sort, il regrette parfois de n'avoir pas terminé son cycle d'études. De plus, l’Église a davantage besoin de personnes instruites que d'ignorants. C'est pour cela que Saint Kosmas, dont nous parlions dans le message précédent, a dit : Détruisez les églises et construisez des écoles. Aujourd'hui, presque tous les higoumènes demandent donc aux postulants de terminer d'abord leur cycle d'études.

C'est la même chose pour le clergé. C'est même renforcé puisque le prêtre doit transmettre à sa paroisse et aux yeux du monde le message de l’Évangile, et porter l'image de l’Église. Un prêtre doit être cultivé, mais pas seulement. Il doit être psychologue, savoir chanter, connaître la complexité du déroulement des offices, être éloquent, ouvert d'esprit, mais avoir également les qualités humaines qui sont au cœur du message du Christ.

Le père Athanase est quelqu'un d'instruit. Il est entré dans une école qui formait les prêtres à l'âge de 14 ans. Il en est ressorti 10 ans plus tard, après avoir étudié le chant byzantin, les Pères, la psychologie, le typikon (ordonnance des offices), l'histoire...

Mais à quoi sert la connaissance, si le Christ a dit à Marthe, à propos de sa sœur Marie, qu'elle avait choisi la meilleure part à rester à ses pieds, et que cette part ne lui serait pas enlevée (Lc 10, 38-42) ? La connaissance est intimement liée à ce qu'est l'homme. Elle se confond toujours avec la vérité que le Christ nous commande de chercher (Matth. 7, 7). Il convient donc d'avoir d'abord une idée claire de ce qu'est l'homme.

Les spirituels orientaux ont souvent eu une approche différente de l'homme que les occidentaux. En Occident, on considère souvent que l'homme est composé du corps et de l'esprit. L'esprit est fort, mais la chair est faible (Matth. 26, 41). L'esprit donne à l'homme ses idéaux, sa volonté, sa quête de vérité et de connaissance... Le corps est corruptible, malade, faible. Il porte en lui la marque du péché originel. Il y a donc un aspect très négatif qui se dégage du corps, alors que l'esprit serait la partie noble de l'homme. Cette conception conduit les théologiens occidentaux à voir en l'homme un dualisme où deux parties s'affrontent. L'homme s'améliorant lorsque l'esprit prend le dessus sur le corps.

Dans l'orthodoxie, la nature déchue n'implique pas seulement le corps. C'est l'homme dans son ensemble qui en porte la marque, et donc l'esprit également. L'homme dans son entier doit donc se purifier pour retourner vers son état de perfection originel, pour retourner vers Dieu. De plus, les spirituels orientaux considèrent que le cœur de l'homme en est l'un des composants essentiels au même titre que le corps et que l'esprit. De même que le corps a ses besoins (manger, respirer, dormir...), que l'esprit a ses aspirations (soif de savoir, idéaux...), le cœur, siège des affects, a lui aussi ses besoins propres (amour, compassion...). Le cœur porte lui aussi la marque du péché originel. C'est là que naît la colère, la rancœur, le désir de vengeance... 

Lorsque le Christ mentionne que l'esprit est fort, mais la chair est faible, il ne s'agit pas d'une vision limitative de ce qu'est l'homme. Le Christ parle constamment de l'importance du cœur et il est certainement Celui qui en parle le plus dans toutes les Écritures. Il en est fait mention environ 45 fois dans les Évangiles. Au point que c'est dans le cœur que les Pères de l’Église ont situé le siège de l'âme humaine.

Dans l'orthodoxie, il n'y a pas l'esprit qui serait supérieur au corps. Il y a un tout, créé parfait, qui porte en lui la marque de l'éloignement de Dieu. L'âme étant le principe vivifiant qui unit tout. Dieu s'est incarné dans un corps, il a passé tout son ministère à pardonner les péchés, mais aussi à guérir les corps. Il est ressuscité dans son corps (Jn 20, 27), a ressuscité Lazare comme prémices de ce qu'il prépare aux hommes (Jn 11, 43-44). C'est le corps du prophète Élie qui a été emporté aux cieux sur un char de feu (2 Rois 2, 11), et le corps de la Mère de Dieu que le Christ est venu chercher. Dans le Pistevo (symbole de foi), l’Église affirme qu'elle attend la résurrection des morts, et pour elle la résurrection ne se fait pas sans le corps.

La connaissance que l'homme doit acquérir, c'est donc cette plénitude qui unifie en lui les parties qui le composent ; c'est réussir à ce que le corps, l'esprit et le cœur tendent vers le même but. Saint Grégoire Palamas (1296-1359), qui a défendu les saints hésychastes (moines qui se retiraient seuls pour se consacrer à la prière), considérait que le but de la prière était de faire descendre l'intellect dans le cœur pour qu'il soit transfiguré. Car le cœur, qui connaît l'amour, est celui qui nous ouvre les portes de la connaissance de Dieu suivant cette parole de saint Jean : Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu [...] car Dieu est amour (1 Jn 4, 7-8).

Pour revenir à Marthe et Marie dont nous avons parlé plus haut, la part qui ne serait pas enlevée à Marie est donc la connaissance qui naît de l'amour. Ce qui a manqué à Marthe à ce moment-là était l'amour, et c'est ce manque d'amour qui l'a rendue jalouse de sa sœur. 

Un diplôme de théologie pour exercer le ministère du prêtre est certes important, mais il n'est que la marque d'un esprit bien rempli. Le prêtre apporte aux autres bien plus que quelques notions intellectuelles. Il porte cette connaissance qui unifie tout en l'homme et qui lui permet de se purifier pour goûter la présence divine. C'est un principe immuable de ne pouvoir transmettre que ce que l'on a soi-même acquis.

lundi 5 mars 2012

29- Kosmas d'Etolie



Il arrivera un temps où il n'y aura plus aucune harmonie entre le clergé et les laïcs... Le clergé sera pire que les plus impies... Les gens instruits essayeront de résoudre le problème avec la plume, mais n'y arriveront pas... 

Comme pour toutes les prophéties, celles de Saint Kosmas d'Étolie (1714-1779) ont une part de mystère et il est difficile de savoir à quels temps elles s'appliquent. Aujourd'hui, il y a de très nombreux endroits où le clergé est très respectable et respecté. Nous avons vu dans le message précédent le cas de Chypre. Mais il y a, à Lyon, et plus généralement au niveau de la métropole de France, des choses corrompues au sein du clergé. C'est le cas avec le fait d'avoir mis une grille tarifaire sur les sacrements.

L'impiété dont parle saint Kosmas se définit comme étant le mépris pour tout ce qui touche à la religion. L'Église demande de ne pas travailler le dimanche, donc mépriser cette règle est une impiété. Je ne parle pas ici de celui qui le fait par nécessité, avec la bénédiction de son père spirituel. Vendre un sacrement est pire que l'impiété. Si un jour quelqu'un lève sa plume pour que ces pratiques soient abandonnées, j'espère qu'il sera écouté. Cela signifiera que ces temps de catastrophes décrits par Saint Kosmas ne seront pas encore arrivés.

Saint Kosmas disait aux fidèles : Les revenus gagnés le dimanche sont maudits, et vous attirez le feu sur votre maison, et non la bénédiction. Que penser d'un prêtre qui verrait son sacerdoce comme un simple travail destiné à subvenir aux besoins de sa famille ? Comment concilier la nécessité d'un revenu et l'éthique qui s'impose au prêtre ?

Lorsque le père Nicolas m'a proposé de devenir prêtre, l'une des premières questions qu'il fallait régler était la façon de gagner sa vie. Je pouvais être inscrit à une caisse financée par le gouvernement grec, qui donnait 1200 € à chaque prêtre. Depuis, cette somme est passée à 900 €, et il est fort probable que cela baisse encore. A cela s'ajoute une somme que les paroisses donnent au prêtre, suivant les dons qu'elles perçoivent. Je crois que c'est 600 € à Pont-de-Chéruy, et au moins 800 € à Lyon.

Si on n'est pas marié, cela représente donc environ 1700 € nets, ce qui est très raisonnable. Si on est marié, c'est plus juste, mais cela reste acceptable. D'autant que cela ne comprend pas les dons ponctuels qui se pratiquent parfois lorsque l'on va bénir une maison, au moment de la Théophanie par exemple. Et puis il s'agit d'un service minimum qui est demandé pour cette somme-là : une liturgie le dimanche, parfois un baptême ou un mariage le samedi. Ponctuellement un enterrement en semaine. Il y a donc la possibilité d'avoir un travail en semaine si on a besoin de plus d'argent, et de garder les célébrations pour les week-ends.

Dans la plupart des paroisses, comme à Lyon, les prêtres ont un logement de fonction, parfois confortable, qui ne leur coûte rien : ni eau, ni électricité, ni gaz, ni téléphone, ni loyer. C'est logique si l'on considère que le prêtre se doit d’être constamment d'astreinte. C'est également une façon de concevoir qu'il est l'hôte des paroissiens, au même titre que chaque paroissien devient son hôte lorsqu'il a besoin de lui : une forme de réciprocité permanente.

A quel moment l'argent cesse-t-il d’être un moyen qui permet de mener à bien son ministère, et devient-il un but que l'on poursuit ? Que représentent les revenus d'un prêtre à Lyon ? 1700 € nets, plus 1200 € d'avantages de logement, plus un salaire d'instituteur payé par le gouvernement grec. Pourquoi alors mettre une grille tarifaire sur les sacrements ? Pourquoi garder une bonne partie de cet argent demandé comme complément de revenus ? Pourquoi décider de garder pour soi-même les frais d'inscription à l'école grecque (100 € par adulte et par an) qui avaient été mis en place initialement pour couvrir les besoins de chauffage et d'électricité ? A quel moment une paroisse devient-elle comme un troupeau de brebis qu'il convient de tondre ? Une paroisse est-elle une concession qu'un évêque donne à un prêtre ? Est-ce que j'allais moi aussi tomber dans cette perversion ?

J'ai souvent parlé de ces choses avec le père Nicolas. Quand il m'a demandé de me présenter pour les élections du comité, je lui ai dit que je n'accepterais jamais qu'il y ait un prix sur les sacrements.  Il en a été de même lorsqu'il m'a proposé de devenir prêtre. On ne peut légitimement représenter des règles et un mode de vie que si on est capable de se les appliquer à soi-même.

J'entends parfois que monseigneur Emmanuel aurait dit que si le père Nicolas s'en allait, il ne serait pas possible de le remplacer, car il est très dur de trouver un prêtre pour venir exercer en France. Moi je dis que si les prêtres de Grèce savaient ce que gagne un prêtre en France, il faudrait une tombola pour départager tous les postulants.

Monseigneur Emmanuel est Crétois. Monseigneur Arsénios, qui était son vicaire, est Crétois. Le père Nicolas est Crétois. Le prêtre de Pont-de-Chéruy est Crétois. Le prêtre de Saint Étienne est Crétois. Le prêtre de Lille est Crétois. Presque tous les prêtres de France sont Crétois. Est-ce que les Crétois sont ceux qui se sacrifient le plus, ou bien ceux qui ont trouvé le meilleur filon ? Les motivations de chacun sont bien évidemment différentes ; par exemple, toutes les personnes qui me parlent du père Georges de Pont-de-Chéruy en font des éloges. On trouve autant de prêtres Crétois pour exercer en France, et pas un seul dans toute la Grèce qui viendrait chez nous ? La France n'est-elle vraiment pas un endroit agréable pour un prêtre, comme me le disait le père Nicolas ?

L'histoire montre combien la Crète et les Crétois se sont toujours sacrifiés pour leur liberté et pour la Grèce. Spiro, un vieux marchand d'Athènes, qui a trois magasins dans Plaka, avait suivi ses parents qui avaient fui Constantinople lors de l'exode des Grecs d'Asie Mineure. Il me disait : Tant qu'il y aura des gens à Anoyia, personne ne pourra envahir la Grèce ; si les Allemands reviennent, ils ne passeront pas. Mais, au-delà de telle ou telle réputation, c'est toute la Grèce qui est baignée du sang de ses martyrs. Toute la Grèce qui s'est sacrifiée pour sa liberté et sa foi. Et faire croire aujourd'hui qu'il n'y aurait personne dans toute la Grèce pour remplacer un prêtre qui n'en est pas un est une fumisterie.

Parmi les évêques qui ont fait une demande de nationalité turque pour avoir une chance de devenir patriarche, je vous invite à vous poser la question de leur origine géographique. Je crois savoir que la plupart sont très " localisés "... Les évêques les plus saints resteront toujours auprès de leur peuple, qui les aime. Les plus ambitieux ne voient pas le poste qu'ils occupent, mais le prochain qu'ils convoitent.

Saint Kosmas d'Étolie est allé prêcher jusqu'à Xeimarra, qui était un port rayonnant. Son prénom a souvent été donné aux enfants dans toute l’Épire. Ma mère me l'a donné en second prénom, en hommage à son propre parrain qui le portait : Kosma Nushi. Kosma Nushi est mort déporté à Dachau, gazé et incinéré par les allemands à cause de ses idées politiques.

 Je reparlerai certainement de Saint Kosmas, car ce qu'il a prêché a redonné son âme au peuple grec et lui a permis de s'affranchir du joug turc. Il a fait redécouvrir aux chrétiens tout l'amour contenu dans le message de l’Évangile, et l'importance de garder ce message dans son cœur et dans sa vie.