de l'intérieur d'une communauté

Quels que soient les groupes sociaux, on ne voit souvent d'eux que la partie « marketing ». Celle qui est bien présentable et que l'on souhaite mettre en évidence, au mépris souvent de la réalité. Ce blog, qui se revendique comme un blog d'information, va tenter de présenter la vie de la communauté hellénique de Lyon par ceux qui la vivent de l'intérieur.
J'ai connu deux hommes qui ont dignement représenté la communauté hellénique : monseigneur Vlassios et le père Athanase Iskos. Ils n'ont jamais eu à rougir de ce qu'ils ont fait ou dit et ont laissé une communauté respectée et respectable. Le contraste pourra paraître saisissant entre les 50 ans qui viennent de s'écouler et ce qui se passe depuis plus de six ans, mais si l'on veut rester fier de ce que l'on est, il ne faut pas hésiter à prendre ses distances lorsque ce que l'on voit s'éloigne de nos idéaux.
Dans un premier temps, je vais raconter une histoire au travers de courriers échangés et de documents, qui seront tous reproduits. Dans un second temps, je débattrai autour des questions qui seront posées à mon adresse mail : jeanmichel.dhimoila@gmail.com .
La communauté hellénique de Lyon étant une association cultuelle, loi 1905, les références au culte seront nombreuses et indispensables pour comprendre le sens de ce qui est recherché, et malheureusement parfois ses dérives.

Bonne
lecture à tous
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samedi 19 mars 2016

209- Réfugiés syriens



On peut considérer que la place des Syriens est dans leur pays, à lutter pour libérer leur terre. Et ce, qu'ils soient islamistes ou loyalistes. Nous avons l'exemple des Français s'engageant dans la Résistance, durant la seconde guerre mondiale, tout comme les Anglais qui défendirent leur île, ou encore celui des Russes qui moururent par millions pour protéger leur terre du nazisme.
 
Les vagues d'immigrations qui déferlent sur l'Europe, alimentées depuis la Turquie, n'ont cessé de prendre de l'ampleur depuis plus d'un an. Si bien que nous rapportons aujourd'hui ces flux migratoires, essentiellement Syriens, à la Turquie, les associant parfois à une islamisation de la société, ou à une invasion, ou encore à un plan turc visant à prendre un ascendant sur l'Europe.

Que l'on considère que la place des Syriens est en Syrie, ou que l'on retienne telle ou telle explication à leur exode massif, ne peut masquer le fait que se cachent souvent des drames humains derrière les histoires des migrants. Ces exodes sont complexes et je voulais y revenir ici.
 
On ne peut parler des réfugiés syriens sans savoir où ils se trouvent. La carte ci-dessous, publiée par le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'ONU, le montre parfaitement.

UNHCR - Répartition des réfugiés syriens - juillet 2015

Rapporté à sa population et à la superficie de son territoire, ce n'est pas la Turquie qui accueille le plus de réfugiés, mais le Liban. Pourtant, qui entend parler de problèmes migratoires liés au Liban ? Personne, ou presque ! 

Les réfugiés syriens au Liban étaient répartis ainsi, suivant les données de l'UNHCR, en février 2015 :

UNHCR - Répartition des réfugiés syriens - février 2015

Le Haut-Commissariat aux Réfugiés en attendait 1 825 000 fin 2015 pour ce seul petit pays. Le coût pour le Liban était estimé à 7,5 milliards de dollars pour deux ans. 

Monsieur Fabius (le père, pas le fils qui était à Las Vegas) a parfois présenté les réfugiés comme un bloc uniforme de victimes fuyant les persécutions du régime syrien. Ce régime était de ce fait voué à être abattu rapidement. De telles affirmations étaient désespérantes de mauvaise foi et, en tout cas, totalement indignes de l'objectivité imposée par la grandeur de sa charge ministérielle.

Deux ans après ces déclarations, le 28 mai 2014, le président syrien fut réélu. Les réfugiés syriens au Liban, que rien n'obligeait à aller voter, s'étaient déplacés en masse, essentiellement à pied, pour aller voter dans leur ambassade, à Beyrouth.

28 mai 2014 - réfugiés syriens attendant de voter devant leur ambassade à Beyrouth


La sécurité libanaise estima à plus de 100 000 le nombre de personnes qui s'étaient déplacées. Les plus éloignées de la capitale n'ayant pas pu faire le voyage.

La France, quant à elle, préférait interdire l'organisation du scrutin à l'ambassade syrienne de Paris, plutôt que de gérer une situation similaire, ce qui aurait désavoué sa politique extérieure. Elle déclara : Nous avons notifié à l'ambassade de Syrie en France que cette élection ne se déroulerait pas sur le territoire français.

La France passa outre le problème juridique que posait sa décision. Une ambassade bénéficie d'une immunité diplomatique qui empêche le pays hôte de prendre la moindre décision concernant son fonctionnement. 

Au contraire, l'article 25 de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques prévoit que L’État accréditaire accorde toutes facilités pour l'accomplissement des fonctions de la mission. Non seulement nous ne pouvions pas empêcher ce scrutin dans l'ambassade de Syrie, mais nous avions l'obligation légale, au plan international, d'aider à son bon déroulement.


Parallèlement à ces réfugiés qui avaient fui la guerre, de graves difficultés se firent jour dans les camps de réfugiés proches de la frontière libanaise. Les mouvements extrémistes d'Al Nosra et de Daesh envahirent ces camps et s'organisèrent en base arrière de lutte contre l’État syrien. Les attentats se multiplièrent sur le sol libanais et des combats eurent lieu avec l'armée libanaise, essentiellement dans la région d'Arsal.

Nous retrouvions ici l'un des problèmes majeurs de l’afflux de réfugiés en Europe : l'infiltration de ces flots de migrants par des islamistes dans le but d'étendre leur guerre. Pour autant, le Liban a-t-il fermé ses frontières en renvoyant tous les réfugiés chez eux ? Le pouvait-il seulement ? La question n'était pas simple, et quelle que fût la décision prise, elle allait entraîner des pertes humaines. 

Nous aurions pu décider d'aider le Liban, mais nous n'avons rien fait. Au contraire, la France a accordé la Légion d'Honneur au prince saoudien qui a annulé l'aide de 3 milliards de dollars d'armements destinés à l'armée libanaise dans sa lutte contre le terrorisme...

Le Liban aurait pu envoyer en Europe des centaines de milliers de migrants, en les faisant accoster à Chypre, pour nous soutirer ensuite de l'argent en échange de leur retour. Mais ce pays a une éthique et une grandeur qui n'est pas à la portée de tous. À ce jour encore, il ne cesse de lutter contre le terrorisme et l'islamisme radical, tout en œuvrant à accueillir les réfugiés.


Le général français Jean-Bernard PINATEL assimilait les migrants à une bombe humaine, nouvelle arme non-conventionnelle utilisée par (presque) tous. Même si, dans les faits, ce sont les Turcs qui en usent le plus. S'il n'est pas possible de nier cette analyse militaire, il ne l'est pas davantage de réduire le problème des migrants à ce seul aspect.

Aujourd'hui, les migrants nous confrontent à des choix de société que nous devrons inévitablement trancher. Nous pouvons fermer nos frontières pour protéger nos populations contre des attaques que ne manqueraient pas de lancer ceux qui ne fuient pas la guerre mais veulent la propager. Nous pouvons également assumer pour notre population les risques de morts, de viols et autres agressions, au nom de ceux qui ont réellement besoin de trouver un refuge où vivre en paix. 

Quel que soit le choix politique que nous ferons, il y aura des victimes innocentes dont le regard accusateur viendra nous hanter, et d'autres personnes que nous aurons sauvées et qui nous en seront éternellement reconnaissantes. Notre choix se résume donc à choisir qui nous acceptons de voir vivre ou de voir mourir.

dimanche 13 mars 2016

208- Il est venu, il a vu, il fut vaincu



Lorsque monsieur Tsipras arriva au pouvoir, en Grèce, il avait un programme sur la base duquel il avait été élu. Ce programme, dit « de Thessalonique », prévoyait la fin de l'austérité dans son pays. Les « négociations » autour de la renégociation des mémorandums furent un dialogue de sourds. Monsieur Varoufakis, ministre des finances en charge des négociations, se heurtait à un mur de silence à chaque nouvelle proposition. Jacques Sapir relata par le détail, sur son blog, l'évolution de ces négociations.

François Hollande avait, lui aussi, promis la renégociation du pacte de stabilité avec l'Allemagne, pour être élu à la présidence de la République Française. Mais il avait oublié cet engagement envers les Français avant même sa prise de pouvoir officielle. 

Si monsieur Hollande avait montré la plus grande lâcheté dans le renoncement à ses engagements, monsieur Tsipras, lui, résista. Son ministre des finances avait les compétences techniques et le caractère qui lui aurait permis de mener à bien sa tâche.

Parallèlement à cette négociation, monsieur Tsipras se tourna vers la Russie, afin de développer ses relations commerciales. Fut notamment concerné le projet de gazoduc Turkish Stream qui devait remplacer le South Stream en passant par la Turquie et le nord de la Grèce pour alimenter l'Europe.

La Russie était vue comme une alternative à l'Europe, dans l'éventualité où les négociations sur la fin des mémorandums échoueraient. Indépendamment de cela, la Grèce développait des partenariats avec un pays ami, et le peuple grec en était reconnaissant à son leader.

Le 8 avril 2015, lors de la conférence de presse qui suivit la signature d'accords étatiques entre la Grèce et la Russie, monsieur Tsipras revint sur le combat commun de leurs pays respectifs contre le nazisme, sur leur culture et leur foi commune (10'36'' et suivantes dans la vidéo ci-dessous).



Lors de cette conférence de presse, monsieur Tsipras affirmait haut et fort que la Grèce est un pays souverain, capable de mener une politique étrangère indépendante, dans le respect premier des intérêts du peuple grec.

Bien que n'étant pas lui-même membre de l’Église, monsieur Tsipras fit ainsi allusion à l'orthodoxie, qui pénètre une grande part de la vie sociale, tant en Russie qu'en Grèce. Il posait également les bases de la possibilité d'accords stratégiques dont il ne fixait comme seule limite que les intérêts de son peuple. Une phrase que l'Otan ne dut pas apprécier...


Le 26 juin 2015, j'arrivais en Crète pour des vacances. Le soir même, monsieur Tsipras annonçait la tenue d'un référendum sur l'acceptation ou non d'un nouveau mémorandum d'austérité que la Troïka souhaitait imposer à la Grèce.

Durant toute la semaine, au gré de mes déplacements, je pus constater à quel point monsieur Tsipras avait su toucher le cœur des Grecs, et leur redonner espoir. Tous évoquaient certains hauts faits de l'époque de la résistance, durant la seconde guerre mondiale, assimilant la situation qu'ils vivaient à ce qu'ils avaient vécu durant la guerre. Tous avaient conscience que le NON pouvait les sortir de la zone euro, mais tous étaient prêts à l'accepter.

Résistant durant l'invasion de la Crète par les Allemands, en 1941. Carte offerte dans le monastère d'Arkadi.


En une semaine, je ne vis pas une seule affiche appelant à voter pour le oui, ni une seule personne qui se revendiquât d'un soutien au texte imposé par l'Allemagne. Monsieur Tsipras avait uni derrière lui tout son peuple, au-delà des appartenances politiques. La Crète vota à 73% pour le NON, bien au-delà de la moyenne nationale.

Pourtant, contre toute attente, dès le soir de la victoire écrasante du NON au référendum, monsieur Tsipras désavoua son ministre de l'économie, grand artisan de cette victoire, et capitula devant l'Allemagne, n'osant pas appliquer le plan prévu, pour la circonstance, par monsieur Varoufakis. Plan dont les meilleurs économistes français garantissaient qu'il fût crédible et applicable.

La désillusion fut brutale, et le réveil semblable à un lendemain de cuite. J'ai vu des personnes qui avaient aidé le parti de monsieur Tsipras à accéder au pouvoir, totalement désabusées, incapables de comprendre les causes du revirement de leur leader.

Il signa même un renoncement à sa souveraineté en garantissant à l'Allemagne que le parlement grec ne voterait plus aucune loi sans accord préalable de ses créanciers.

Le reste ne fut que simulacre. Il était venu, il avait vu, il était vaincu.


En même temps que ses discours d'héroïsme s'envola l'alliance stratégique qu'il avait commencé à nouer avec la Russie. Oubliée la culture commune. Oubliée la foi commune vantée quelques semaines plus tôt. Il avait été incapable de mettre le programme de Thessalonique en œuvre, mais faisait voter une loi autorisant l'union homosexuelle, à la demande de ses nouveaux maîtres.

Je ne débats pas ici sur le bienfondé ou non d'une telle union, qui mériterait un message dédié. Je précise seulement que cette union était chère aux occidentaux et ne figurait pas dans le programme électoral pour lequel Tsipras avait été élu. L'adopter aussi vite et sans débat allait à l'encontre du discours qu'il prononça en Russie.

Comme tous les vaincus, il devait se soumettre. Il n'avait pas encore relevé la tête lorsqu'il voulut atterrir avec son avion sur l'ile de Rhodes, le 7 février dernier. La Turquie d'Erdogan ne le lui permit pas. Un mois plus tard, le 6 mars, la Turquie s'arrogea également le droit d'interdire à la ministre de la défense allemande d'atterrir sur l'ile grecque de Lesbos. Tsipras n'émit pas la moindre protestation.

Les premiers ministres grec et turc

 
Pourquoi Erdogan aurait-il eu peur d'avoir une telle action hostile alors qu'il voyait que les pays européens ne pensaient, comme lui, qu'à se partager les pans de l'économie et de la souveraineté grecque ? Pourquoi Tsipras aurait-il eu dessein de résister, alors que tous avaient vu qu'il n'était pas capable d'aller au bout d'un combat ? Pourquoi l'Otan se serait-elle estimée tenue de défendre et soutenir, entre deux de ses membres, le parti du plus faible ? Et qui donc, de toute façon, aurait volé à son secours quand il avait de lui-même repoussé les mains qui s'étaient tendues pour le soutenir ?


Ici réside l'une des pires conséquences de la trahison de Tsipras. Il mit fin aux accords stratégiques qu'il avait commencé à nouer avec la Russie. Il renonça à son histoire culturelle et cultuelle commune. Si bien qu'à son tour son peuple lui demanda : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté que tu pouvais réussir à remplir tes promesses, et aller ainsi au bout de ton destin ?