de l'intérieur d'une communauté

Quels que soient les groupes sociaux, on ne voit souvent d'eux que la partie « marketing ». Celle qui est bien présentable et que l'on souhaite mettre en évidence, au mépris souvent de la réalité. Ce blog, qui se revendique comme un blog d'information, va tenter de présenter la vie de la communauté hellénique de Lyon par ceux qui la vivent de l'intérieur.
J'ai connu deux hommes qui ont dignement représenté la communauté hellénique : monseigneur Vlassios et le père Athanase Iskos. Ils n'ont jamais eu à rougir de ce qu'ils ont fait ou dit et ont laissé une communauté respectée et respectable. Le contraste pourra paraître saisissant entre les 50 ans qui viennent de s'écouler et ce qui se passe depuis plus de six ans, mais si l'on veut rester fier de ce que l'on est, il ne faut pas hésiter à prendre ses distances lorsque ce que l'on voit s'éloigne de nos idéaux.
Dans un premier temps, je vais raconter une histoire au travers de courriers échangés et de documents, qui seront tous reproduits. Dans un second temps, je débattrai autour des questions qui seront posées à mon adresse mail : jeanmichel.dhimoila@gmail.com .
La communauté hellénique de Lyon étant une association cultuelle, loi 1905, les références au culte seront nombreuses et indispensables pour comprendre le sens de ce qui est recherché, et malheureusement parfois ses dérives.

Bonne
lecture à tous

samedi 4 avril 2015

161- Préfet délégué à la sécurité



Les événements du dimanche 21 décembre avaient été particulièrement riches en émotions, et il allait falloir du temps pour les assimiler et les dépasser. Mais avant de permettre au temps d'accomplir son œuvre purificatrice, l'urgent était de ne pas laisser la situation s'envenimer davantage. 

Dès le lundi, nous décidions de suivre les conseils du commandant Massoko. Pour ce faire, et afin de donner un caractère représentatif à notre action, nous engageâmes ces démarches à plusieurs personnes, qui avaient toutes un lien fort avec la communauté. Nous nous déplaçâmes au commissariat pour prendre contact avec le commissaire Corridor, en charge des 7ème et 8ème arrondissements de Lyon, et nous écrivîmes au préfet de région, monsieur Carenco.

La Patrone venait de sortir, si bien que l'agent de l'accueil, au commissariat, prit nos coordonnées afin qu'elle puisse nous rappeler. Ce qu'elle fît le lendemain après-midi. 

La première chose qu'elle fit fut de s'excuser pour l'intervention de la BAC. Elle me dit que, très clairement, la police n'était pas dans son rôle en intervenant, et que cela ne se reproduirait plus. 

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Plaisanterie mise à part, nous ne sommes pas Dark Vador, et cette simple excuse permettait de passer l'éponge sur beaucoup de choses. Le métropolite Emmanuel Adamakis, bien que se revendiquant de la sagesse du christianisme, n'a jamais eu une telle attitude lorsqu'il a été mis face à ses contradictions et erreurs manifestes. 

L'excuse est le commencement de la sagesse, car elle manifeste la volonté de ne plus reproduire ses erreurs et de les réparer. Ne pas accepter l'excuse, lorsqu'elle est sincère, conduit à nous enfermer dans un monde qui restera ancré dans ses fautes passées, et ne pourra évoluer librement pour s'en défaire et les dépasser.

Le commissaire me dit qu'elle était chargée des plaintes de premier niveau. À savoir, dans notre cas, l'enquête sur les faux documents ainsi que sur les violences volontaires. Ces dossiers seraient traités. S'il y avait eu une plainte pour agression sexuelle, celle-ci était traitée par une brigade spéciale ne relevant pas du commissariat. Les dossiers n'ayant pas fait l'objet de plaintes ne pouvaient pas être instruits. 

Elle revint plusieurs fois sur le fait que la police n'est pas dans son rôle à intervenir dans de telles situations. Elle allait prévenir le père Nicolas Kakavelakis, afin qu'il ne fasse plus appel à leurs services dans de telles situations.

Je sus plus tard, par l'un des policiers en question, que les patrouilles qui étaient intervenues dans l'église en diverses occasions se firent taper sur les doigts.  Des consignes furent transmises à tous les policiers leur rappelant qu'ils ne doivent pas entrer dans une église en étant armés.

Si, malgré tout, le vigile était maintenu à son poste et que l'entrée de l'église m'était interdite, je devais acter chacune de ces interdictions par une main courante. Avec ces mains courantes, elle verrait comment mettre en pratique l'article 1 de la loi de 1905 qui prévoit que la République garantit le libre exercice des cultes.

Il était évident qu'elle ne téléphonerait pas seulement au père Nicolas pour le mettre en demeure, mais qu'elle écouterait ce qu'il aurait à dire afin d'y donner suite si ses remarques étaient fondées. Une personne intelligente, comme l'est forcément un commissaire de police, se doit d'analyser les situations en toute objectivité. Si elle avait manqué de recul, en n'écoutant que l'un des points de vue, j'aurais été le premier à le regretter, car si cela aurait pu m'avantager en cette circonstance, rien ne disait que demain je n'en serais pas victime. Je me préparais donc à devoir répondre des accusations que le père Nicolas ne manquerait pas de porter contre moi, même si je savais que je n'aurais aucune difficulté à montrer qu'elles étaient fantaisistes et diffamatoires.

Dix jours plus tôt, le père Nicolas refusait d'écouter les arguments de mon frère qui lui faisait remarquer qu'il allait trop loin, et prévenait que le vigile serait là tous les dimanches. Passé l'orage du dimanche 21 décembre 2014, et après l'appel du commissaire au père Nicolas, nous n'allions plus revoir ce vigile devant l'église... Était-ce une victoire pour la communauté ? Ou une capitulation de son prêtre ? Je préfère le voir comme le premier acte de sagesse à avoir été posé pour sortir des problèmes dans lesquels le père Nicolas nous enferme. Un acte insuffisant à lui seul, mais indispensable.


Le cabinet du préfet répondit également très rapidement. Un rendez-vous nous fut proposé dès le lendemain afin de rencontrer le directeur de cabinet du préfet délégué à la défense et la sécurité, monsieur Jacques Patricot, ainsi que son adjoint, le commissaire divisionnaire Marc Labalme. Nous avons validé le rendez-vous pour le mercredi 7 janvier à 10h, dans les locaux de la préfecture.



Noël passa sans que le père Nicolas ne créât de nouvelles tensions. Les vacances me permirent de visiter l'Alsace, et les fêtes de fin d'année d'oublier bien des soucis.



Le 7 janvier, je retrouvais, autour d'un café, les invités à la réunion au cours de laquelle nous devions rencontrer le délégué du préfet. Ce fut l'occasion de discuter des points que nous voulions aborder. Lorsque fut venue l'heure du rendez-vous, nous nous dirigeâmes ensemble vers la préfecture. Le policier en faction nous indiqua l'accès vers les bureaux privés des hauts conseillers, et prévint les huissiers de notre présence, afin qu'ils puissent nous accueillir.

L'entretien fut chaleureux et direct. Monsieur Marc Labalme connaissait la finesse des interventions de la BAC, mais ces méthodes étaient malheureusement souvent indispensables. Nous ne nous sommes pas étendus sur la question, qui avait été réglée par les excuses du commissaire. 

Il avait lu le rapport d'intervention du commandant Massoko lorsque celle-ci était intervenue devant l'église.

Nous avons fait part des difficultés déjà évoquées, ainsi que des dysfonctionnements de l'association. Les décisions du président étaient arbitraires et nuisaient au respect des règles civiles et juridiques qui s'imposent aux associations. 

Les comptes étaient opaques et, alors que l'article 19 de la loi de 1905 impose de les présenter tous les ans lors de l'AG, il y avait 4 ans que les AG étaient refusées et que même les élus du conseil d'administration se voyaient refuser l'accès à ces comptes. Cela laissait supposer un usage illicite des fonds de l'association, d'autant que les élus en question s'étaient tous fait exclure sans autre forme de procès, après avoir informé la préfecture de ces dérives.

Nous avions déjà engagé des recours contre le président de la communauté, mais nous ne pouvions pas faire des recours à chaque fois. 

Monsieur Labalme nous répondit que, malheureusement, si, il le fallait. Il nous demanda une synthèse de toutes les difficultés rencontrées et procédures en cours, afin qu'il puisse en parler avec d'autres services de l’État, notamment le procureur. Il attira notre attention sur le fait qu'avoir un avocat était une bonne chose dans les dossiers complexes.

Stélios fit remarquer que nous existions en tant qu'association depuis près de 80 ans, sans que jamais les autorités n'aient eu à se plaindre de nous. Nous regrettions vraiment l'évolution de la situation qui nous avait conduits ici.

Nous sommes sortis de l'entretien un peu après 11 heures, au moment même où la France basculait dans le pire attentat terroriste qu'elle ait connu : l'extermination de la rédaction de Charlie Hebdo.

La synthèse demandée par le délégué du préfet était soudain devenue moins importante. Il aurait sans doute bien d'autres soucis à devoir gérer dans les jours à venir. Même si elle était facile à rédiger, nous n'avons envoyé cette synthèse que le 2 février. Elle a été reçue le 4. Le délégué du préfet nous informa plus tard qu'il avait transmis cette synthèse au procureur.

Le 7 janvier, en fin d'après-midi, alors que je suivais l'évolution des attaques terroristes sur mon téléphone, celui-ci sonna : C'est le commissariat, nous souhaiterions vous entendre dans une affaire vous concernant...

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